• Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

     L'écrasante supériorité de la Norton de Gustave Lefèvre avec sa moyenne de plus de 100 km/h rejette un peu à l'arrière-plan la concurrence qui fut pourtant vive, bien qu'à un niveau moindre. On peut rendre ici un hommage appuyé à Fernand Venin, deuxième en 500 sur une Saroléa dite " Grégoire" et au prix d'un réel effort physique. Tel un Molière, il faillit mourir "en scène", s'évanouissant à l'arrivée, malaise qui n'eut heureusement pas de séquelles. Sa Saroléa était une arme redoutable et redoutée plus de 10 ans auparavant mais, outre ses années de campagne avec le coureur Boutillier son premier possesseur, elle était sans doute passablement "rincée" lorsque Venin la reçut des mains de Georges Monneret, Bol d'Or 1950 : les petites soupapes se rebiffentexcellent pilote qui cependant n'avait pas la réputation de ménager ses mécaniques. Elle a survécu, semble-t'il, et la dernière fois que je l'ai vue, elle figurait dans une collection privée. Elle avait donc résisté à l'usure du temps et aussi aux Bol que Venin lui a fait accumuler, depuis 1939 jusqu'à ce que l'homme l'abandonne pour une machine moderne de circuit, la 500 Matchless G45. C'est avec celle-ci qu'en 1955 il terminera sa carrière de pilote, enregistrant 16 Bol d'or au compteur. Son premier sur 350 Terrot datait de 1928 ! On l'avait vu en 1954 sur une 250 René Gillet qu'il pilota tout seul alors que le règlement autorisait désormais deux pilotes par machine... Fernand Venin n'était pas avare de prouesses personnelles et capable d'un humour que dissimulait son allure modeste et une vie austère. Ainsi, en 1951, dans les Éliminatoires du Bol d'or, il s'illustra doublement en se coiffant d'une cloche à fromage transparente pour se protéger de la pluie battante ; il connut ensuite le chagrin d'exploser les carters de sa brave et fidèle Saroléa !

    Pour services rendus à la cause motocycliste, l'A.M.C.F. d'Eugène Mauve, le "père" des 24 Heures Moto, lui offrira en 1951 une plaquette-souvenir. C'est bien le moins qu'elle pouvait faire à l'égard de ce quinquagénaire qui fut si longtemps l'une des vedettes de son Bol d'or.

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    (Cliquer sur les images pour les agrandir)

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

     UNE PHOTO SURPRENANTE...

    ... et qui semble pourtant bien classique. Ce qui l'est moins, c'est qu'elle rassemble quatre machines d'une même marque, Terrot, et des pilotes qui lui sont plus ou moins liés. Les constructeurs français n'étaient pas très favorables à un engagement officiel dans la compétition, pas plus dans les années 50 qu'ils ne l'étaient juste avant-guerre. Surtout dans un Bol d'or long de 24 heures et dont les retombées en notoriété, donc en publicité, pouvaient être à double effet. De plus, en auraient-ils eu le désir, peu d'entre eux avaient les moyens de monter puis d'entretenir un "service course", aussi embryonnaire soit-il.

    Terrot pense différemment et sa nouvelle 125 ETD du Salon 1949, modernisée par un allumage batterie-bobine, sera la base d'une version "R" (racing ?) dotée d'un allumage magnéto. Malheureusement seuls quelques privilégiés pourront disposer de cette "ETD-R". Pour deux raisons majeures : 1/ Elle coûtait cher à fabriquer ; 2/ La compétition en France va être interdite aux 125 dès le 31 janvier 1951 !

    Cette dernière mesure qui va s'avérer suicidaire a été prise par la Chambre Syndicale des Constructeurs, fortement "influencée" par Motobécane que dirige Georges de Grenier de la Tour, noble personnage précédemment débarqué de la direction de Terrot par ses administrateurs et actionnaires ! Qui a parlé de basse vengeance... ? L'argument de la Chambre Syndicale était que les pouvoirs publics, au vu des performances des 125, allaient exiger que le permis moto soit étendu à cette cylindrée jusqu'ici épargnée par cette contrainte. Mesure qui serait fatale, selon la Chambre, à une catégorie destinée à se développer intensivement. Finalement, on aura les deux : le permis pour les 125 et la mort de la moto française. Faut-il préciser qu'à Pantin la compétition n'avait aucun intérêt car on n'avait en tête que le succès de la Mobylette qui permettra un jour à Motobécane de se proclamer "Premier constructeur mondial de deux-roues !". C'était hélas tout à fait vrai : "premier" au milieu du champ de ruines des marques françaises défuntes ou agonisantes...

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    Ce quartette de Terrot photographié à l'arrivée (en famille ci-dessus, vous n'avez pas oublié j'espère ?), représente de gauche à droite, Tinancourt, puis Moser, Fauvel et Leninger. La machine du premier est une 500 Terrot RGST, courageusement engagée par un amateur du M.C. Clodoaldien. Il fera jeu égal avec les meilleures des 175 et troisième de sa catégorie à la moyenne de 72,2 km/h. De Moser et Fauvel, épaulés par l'usine sur les nouvelles ETD, c'est le premier qui est le plus performant à 68,600 km/h juste derrière la Puch de Moury.  Fauvel était 3ème (65,600) et Leninger 9ème (62,100).

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    Les spectateurs ne se bousculent pas au bord de la piste alors que les pilotes, eux, courent pour la gloire (ici, Leninger). En effet, sauf pour les tout premiers, les récompenses sont inexistantes. Pis encore, les concurrents doivent payer pour courir. C'est pourquoi on réduit les frais autant que possible en faisant appel à la famille et aux amis pour assurer l'accompagnement dans les stands. C'est seulement au vu des résultats obtenus que l'on peut ensuite négocier une aide de la part des fournisseurs de carburant, d'huile, d'outillage, etc. Les machines sont alors vierges des autocollants qui vont les souiller ensuite puis les défigurer avec la généralisation du carénage !

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    Encore un Daniel Rebour d'anthologie publié dans la revue Le Cycle, où il "reportait" également sous le pseudo de Paul Boyenval. La partie-cycle de la machine de Leninger est complètement différente de celle de la ETD de série. Le cadre est un simple berceau dédoublé sous le moteur au lieu d'un simple berceau interrompu. Ensuite, on trouve une coulissante arrière (Grazzini ?) et un moyeu-frein central équipe une fourche télescopique qui ressemble beaucoup à celle des Peugeot. Le garde-boue arrière porte-plaque est dans la pure tradition italienne. 

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    Remarqué pour la préparation exceptionnelle de sa Terrot, Leninger verra ses mérites reconnus par... Jawa et il fera le Bol suivant sur une 350 tchécoslovaque. Faute de 125 à partir de 1951 (et pour cause !), Paul Moser passera en 175 sur une Guiller, lui transférant sa fourche parallélogramme "profilée" au chatterton et son carénage autour du phare.

    Jeune marque vendéenne apparue pour la deuxième fois dans ce Bol, Guiller veut se faire une place parmi les meilleurs, bien décidée à en découdre. Avec deux machines en 125 et deux en 175, la marque précise ses intentions d'autant que les pilotes pressentis (superbes maillots brodés du logo) ne sont pas tout à fait des débutants. Valeyre, Guillot en 175 comme Mathieu ou Betbeze (125) sont des noms que l'on rencontre souvent au palmarès d'épreuves régionales si nombreuses alors en France.

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    Deux des pilotes Guiller en 175, Guillot n° 48 et François Valeyre n° 47 sur la ligne de départ (la Jawa à l'arrière-plan est celle de Gillard, futur vainqueur en 250). Le moteur des Guiller est un bloc culbuté 4 vitesses A.M.C. (Ateliers Mécaniques du Centre - Clermont-Ferrand), d'un constructeur qui va donner un nouvel élan à la compétition en France. Il va par ailleurs permettre à de nombreuses marques d'étoffer leur catalogue, offrant un choix entre ce quatre-temps et le deux-temps Ydral, aussi bien en 125 qu'en 175.

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    Pendant que Guillot commence à batailler dans les premiers rangs avec les meilleurs, Valeyre est arrêté au bout de 8 tours de la première heure : soupape grillée sur son A.M.C. Grosse réparation, mais dans une épreuve de 24 heures, la situation peut évoluer et...

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    ... pas question d'abandonner si tôt. Valeyre repart en se frayant un chemin au milieu d'une assistance composée de mécaniciens, photographe (appareil grand format à plan-film), journalistes ou simples curieux, attirés par l'incident.

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    Pendant que son co-équipier Guillot se maintient à une brillante deuxième place, Valeyre signe une remontée qui l'amènera en troisième position finale. Le vainqueur de cette catégorie est Marcel Camus à 74,8 km/h (5ème au général) dont la D.S. Malterre était équipée aussi par l'A.M.C. qui n'a pas fini de faire parler de lui, pas plus que Camus lui-même.

    (Remerciements particuliers à Jean Valeyre pour le prêt des photos du Bol de son père. Dans les années suivantes, Jean fera à son tour partie d'une équipe officielle lorsque Peugeot décidera de revenir en compétition dans ce même Bol d'or). 

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    Superbe selle double empruntée à une Vincent sur cette 125 Gima par ailleurs très proche de la série. C'était quand même assez peu pour compenser l'absence de suspension arrière !À son guidon, Roze termine 10ème de la cylindrée (58,700 km/h de moyenne).

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    Mystérieux moteur que ce G.D.3.V. construit dans le Nord par le Garage des 3 Villes à Croise-Laroche (Marcq-en-Barœul). Il est né de la collaboration de Georges Agache avec MM. Carèje et Vanhœcke. Sa distribution est du type rotatif, actionné par un arbre dont Agache s'apercevra vite qu'il s'agissait d'une "fausse bonne idée". Dans ce Bol, Agache se maintint en piste durant une douzaine d'heures avant d'abandonner. Dans la double-page d'illustrations que Moto Revue publiera après l'épreuve figure un dessin du moteur sans que soit cité son nom, ni son pilote. Cette machine fit une dernière (?) apparition aux Coupes du Salon en octobre 1950, mais elle ne figure pas au classement. Par la suite, Motocycles publiera une déclaration d'Agache sur son moteur en l'illustrant par cette photo que l'on retrouve sur le site Ydral > http://www.club-ydral.net/histoire3.htm#biblio

    Bol d'Or 1950 : les "petites soupapes" se rebiffent

    Trois sidecars participaient au Bol dans trois cylindrées et trois catégories différentes : Auneveux sur 1000 René Gillet ; Boureau avec une 350 DKW et enfin Guignabodet Père sur une 600 F.N. Ce dernier a couru avec la même machine, une M86 Grand Prix à culasse bronze, dans tous les Bols depuis celui de 1947. Sur la ceinture de son passager on remarque l'une des premières tentatives de "sponsoring" par la marque Carbohyd, l'un des nombreux additifs comme Brennus, H2T ou Brétocyl Graphité censés doper, nettoyer, lisser, déboucher les trous (ou les reboucher) de votre moteur qui se transformait instantanément en une fougueuse mécanique. Quelques gouttes suffisaient. Ne pas dépasser la dose prescrite...

    IMPORTANT: ce blog est la suite de celui qui était connu depuis 2011 sous le nom "Z'humeurs & Rumeurs", blog toujours consultable mais en sommeil désormais.

     


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 21 Décembre 2014 à 01:19

    Je pensais comme vous que l'interdiction des 125cc en course était liée aux constructeurs, mais un des derniers articles de notre blog n'est pas de cet avis.


    Qui a raison?


    http://www.zseft-zundapp.com/archives/2014/11/20/30986499.html

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