• Buchet ou Lombard ? Automoto ou L'Albatros ?

    Distingué lecteur germain de ce blog, Dieter s'interroge sur la marque du moteur qui équipe cette machine figurant dans le livre "définitif" de Gilles Fournier sur les cyclecars et voitures françaises B.N.C. (Bollack - Netter & Cie). Pour cet auteur, il s'agit d'une Albatros à moteur Buchet, le pilote étant André Lombard, personnage qui attachera son nom à divers cyclecars dans les années 20.

    Buchet ou Lombard ? Automoto ou L'Albatros ?

    On clique pour agrandir les images comme celle ci-dessus extraite du livre de G. Fournier. 

    Buchet ou Lombard ? Automoto ou L'Albatros ?

    Voici les indications qui accompagnent la photo originale (ci-dessus) conservée à la Bibliothèque Nationale : "14-12-12 Lombard sur Albatros, participant motocycliste à la course de Gometz-le-Châtel ". On passe sur l'erreur de lieu puisque le décor est celui d'un vélodrome (sans doute le Parc des Princes) et non d'une course de côte comme l'était la réunion de Gometz. L'Albatros était la marque des productions cyclistes, motocyclistes et automobiles du sieur Henri Billouin (2 avril 1929) et dont le magasin de vente était établi au 104, avenue de Villiers, Paris 17e. En matière de motos, il présenta surtout le catalogue des Griffon à moteurs Zedel. Ponctuellement il exista des machines de course siglées L'Albatros (ou Albatros) et équipées de moteurs d'autres origines, tels que le Deckert mono à culbuteurs, et aussi des Buchet à côté de plus paisibles AZ (Amstoutz) ou Quentin, Monarque et Givaudan. Pour faire bonne mesure, on y ajoutera les moteurs SIGMA 4 cylindres qui motorisaient les automobiles. Bien qu'ayant, selon son catalogue, "ses" usines à Saint-Etienne, il est probable que Billouin ne construisit rien lui-même, faisant effectivement appel aux nombreuses fabricants stéphanois aptes à fournir tout matériel à des détaillants.

    Selon les extraits du Livre d'or de L'Albatros (marque déposée le 18 janvier 1901, cf forum "Tontonvelo"), les premières machines motorisées portant ce nom apparaissent en 1905 dans des épreuves sur vélodromes. Les Fossier, Pernette, Grapperon - tous sur des L'Albatros - s'y rencontrent régulièrement dans une sorte de "National Circus" sur toutes les nombreuses pistes de l'Hexagone, de Paris à Toulon, de Nantes à Montluçon, soit au total une vingtaine de réunions dans la saison 1905/06. On n'y trouve qu'une seule victoire sur circuit de vitesse, c'est en 1906 celle de Pessé en 1/3 de litre au Circuit des Ardennes, "faisant les 200 kilomètres à une moyenne de 75 kilomètres à l'heure". Des chiffres assez optimistes surtout relevés dans une épreuve sur route (celles de l'époque !) et surtout  lorsqu'on sait que Giuppone, le vainqueur général de l'épreuve, a tourné à 76,813 km/h sur une Griffon d'au moins 500 cm3 et sans doute bien plus (750, voire 1000 !). La publicité abusive n'est pas une nouveauté moderne...

    Pour en revenir à la photo de la B.N., il faut remarquer que le nom de Buchet ne figure pas en légende. Celle-ci est "gravée" sur la gélatine de la plaque, et en l'inversant (facile avec Photoshop) on lit seulement la date, le nom de Lombard et Albatros. Ce qui a peut-être incité à attribuer à Buchet la paternité du moteur, c'est le culbuteur très apparent que l'on distingue en haut du cylindre, une technique exceptionnelle dans la moto française de l'époque, mais caractéristique des Buchet. 

    Buchet ou Lombard ? Automoto ou L'Albatros ?

    Cependant il existe une autre photo de cette machine, publiée en avril 1913 par La Vie Automobile & Motocycliste. Selon la légende qui l'accompagne, il s'agit  du coureur "Lombard, qui a battu le record des 10 kilomètres pour motos de 500 cc, à une moyenne de 96 kilomètres à l'heure". Pas la moindre trace d'un article correspondant. Étonnante moto de record avec un porte-bagages et une immatriculation. La fourche est différente de celle qui équipe le modèle de Gometz.

    Le profil visible sur cet autre document permet de mieux voir que la longue tige de commande de ce culbuteur est unique, les deux autres tiges situées devant et derrière le cylindre étant des tirants de fixation dudit cylindre. On en arrive à une seconde et  "audacieuse" supposition : ce culbuteur commanderait à la fois l'admission ET l'échappement. Ce qui sera précisément le choix technique des moteurs 4 cylindres des premiers cyclecars Salmson des années 20. Dénommés "Salmson Type AL", leurs deux dernières initiales signalaient l'apport de André Lombard à la marque ! Cette fois il s'agit bien de "notre" Lombard. (Parenthèse : un FAJ qui passerait par là serait bien inspiré de nous en dire plus, si possible avec dessins à l'appui. Appel reçu ?).

    Buchet ou Lombard ? Automoto ou L'Albatros ?

    Capture d'écran (dailymotion) d'un moteur mono-culbuteur sur une Bignan.

     Le nom de Lombard figure pour la première fois dans la presse cycliste de 1897. Les sources sont loin d'être claires et concordantes mais il semblerait qu'il s'est signalé en battant le record du 500 mètres et du kilomètre sur le célèbre tandem électrique Clerc & Pingault. S'il s'agit bien du même, on le découvre plus franchement motocycliste en 1913. Le 28 avril, il est troisième des 500 à la Côte d'Argenteuil sur une Automoto dont on ne sait rien de plus. Détail intéressant, la vieille marque de Saint-Etienne propose à cette époque sur catalogue un modèle "Course" de 500 cm3 avec un moteur à soupapes en tête signé Moser (Suisse).

    Buchet ou Lombard ? Automoto ou L'Albatros ?

    Buchet ou Lombard ? Automoto ou L'Albatros ?

     Le moteur à soupapes en tête du catalogue Automoto 1913 existait en 350 cm3 et 500 ou encore 550 cm3. Les deux versions "Course" ci-dessus diffèrent par l'absence de pédalier et la présence d'un insolite porte-bagages (550). La position des deux guidons est aussi différentes. Quelle que soit la cylindrée, aucune de ces machines n'est connue à ce jour. Leur prix n'est sans doute pas étranger à cette rareté : la plus chère des 500 culbutées était vendue 2 100 F soit 500 F de plus que la bicylindre en V latérales Type "Sport". Pas de prix annoncé pour la 550 qui, sur la photo, présente l'embrayage optionnel à 120 F.


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  • Commentaires

    1
    Unsteady Eddie
    Jeudi 8 Janvier 2015 à 13:52

    L'image de cette machine, publié en Avril 1913 par La Vie Automobile & Moto. Selon la légende qui l'accompagne, ce est le cavalier "Lombard, qui a battu le record de 10 km à 500 motos cc, à une moyenne de 96 miles par heure." semble comme si elle possède une chambre d'expansion; mais bien sûr, il peut juste être un silencieux. Que pensez-vous?

     

    2
    FAJ
    Jeudi 8 Janvier 2015 à 14:38

    Comme c'est curieux, par le plus grand des hasards un FAJ passait effectivement par là ! Salmson a équipé ses cyclecars de moteurs 4 cylindres à distribution par monoculbuteur. J'en ai vu et photographié. Une explication avec photo et schéma ? Je vais y penser !

    3
    Jeudi 8 Janvier 2015 à 14:54

    Dear Eddie,

    La moyenne de Lombard a été de 96 kilomètres par heure, not 96 miles, don't dream ! sarcastic La "chambre d'expansion" est plus que probablement some kind of "silencieux". En 1913, on essayait un peu n'importe quoi à propos des échappements... sarcastic

    4
    Dany
    Vendredi 9 Janvier 2015 à 09:57

    Les 2 motos de Lombard ne font qu'une, la 1ère est simplement allégée du porte bagage et de ses freins,(on aperçoit encore le cable qui pendouille au bas de la fourche ,elle est aubannée ..,elle est équipée" piste" . Le moteur est le Buchet au moins en 500 dont la marque est effacée ,c'est un culbuté à aussi bien à l'admission qu'à l'échappement (la 2 ème tige est masquée par la 1ère),le moteur est retourné av /ar ,transmission à droite ,la culasse inversée ,les tiges de culbu sont donc passées à l'ar ...


     


     


     


     

    5
    FAJ
    Samedi 10 Janvier 2015 à 12:52

    Puisqu'il est question de Lombard et que le zhumoriste ne parle pas seulement de motos anciennes, je profite de l'occasion pour signaler qu'il y eut aussi des autos Lombard de la catégorie cyclecar. Il en reste très peu -2 ou 3 ?- qui sont parmi les plus fines, les plus élégantes et les plus racées de leur époque

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