• Ganz de Fabrice : retour d'outre-tombe (ou presque)

    À LA FIN DES 412 PAGES de La France Automobile, année 1896, puis des 212 pages du premier semestre de l'année 1897, j'ai fini par le retrouver ce Ganz qui me trottait dans la tête depuis que j'avais vu cette photo (voir plus loin) dans le blog des Gennovéfains. Le nom entier que je cherchais est Ganz de Fabrice, patronyme un peu bizarre ("pas français" dirait un Zemmour) que l'on retient justement à cause de çà. Tout comme j'ai retenu un Gaétan de Méaulnes, un vicomte du Soulier ou encore Eugène Labitte et Henri Désiré Landru pour d'autres raisons qu'on imagine.

    Ganz : le retour

    La première apparition de Gans de Fabrice (avec un "s") se produit en 1897 à la page 170 de La France Automobile où il figure sur la liste des 11 premiers engagés dans la Coupe des Motocycles organisée le 20 juin par cette même France Auto. Tous sont sur divers tricycles à moteurs De Dion, marque qui en offre d'ailleurs un exemplaire au vainqueur de l'épreuve parmi de nombreux autres prix : un bronze d'art ('L'Amour vainqueur'), don du promoteur immobilier Dufayel, 100 litres de Motonaphta (essence), une photographie 40 x 50 (!), etc. Le 12 juin, la liste des concurrents reçoit trois nouveaux candidats, toujours sur tricycles. À quelques jours de la Coupe, le 17, on a enregistré une vingtaine de machines parmi lesquelles deux redoutables Léon Bollée aux mains de MM. Chauveau et Henry Deutsch. Redoutables puisque malgré leur confortable cylindrée de 650 cm3 (76 mm x 145), bien supérieure à celle des tricycles, leur poids de moins de 200 kilos les autorise à concourir avec ceux-ci. Un certain Simon est annoncé sur "bicyclette" (pas de marque citée) mais on n'entendra plus jamais parler de lui. Pas plus que de la bicyclette Rivierre à moteur De Dion dont l'ex-champion cycliste poursuit la mise au point

    Ganz : le retour

    Allégée du siège passager, la Léon Bollée se présentait en véritable machine de course. Le modèle ci-dessus est à Jamin, gagnant du futur Paris-Trouville 1897. Trois versions étaient proposées par Léon Bollée en 1898 selon leur nombre de places, mais le dépliant ne mentionne que des n° 2 et 3. Sur la n°2 semblable à la n°3, on ne disposait que d'une seule place mais d'un "appareil essentiellement rapide et sûr" selon le dépliant. Le prix dépendait de la vitesse désirée soit 10, 20 ou 30 km/h selon les trois "engrenages" choisis. On atteignait 36 km/h sur une n° 3 à 2 750 F contre seulement 2 450 F à la n°2. Le modèle le plus cher était une n°2 doté d'une malle avant de 1 m3 pour livraisons et commis voyageurs : 3 000 F tout rond. 

    La "Voiturette" va démontrer sa supériorité dans la Coupe en plaçant quatre machines dans les cinq premiers menés par Léon Bollée soi-même qui remporte aussi... le tricycle De Dion. En 2 h 46' 17'' il a couvert les 100 km de l'épreuve qui se déroulait sur 10 kms à parcourir cinq fois aller-retour entre Saint-Germain et Ecquevilly.  

    Les deux extrémités de la route se terminant en épingles à cheveux exigeaient des demi-tours spectaculaires que décrira  le reporter de La France Automobile : "Elles (les Léon Bollée) arrivaient à toute vitesse sur le côté droit de la route et bloquaient brusquement leur frein en même temps qu'elles donnaient à leurs roues d'avant l'angle le plus aigu possible vers la gauche. Dans ce mouvement, la roue arrière était brutalement chassée par la vitesse acquise, elle chassait sur le sol, et la voiture se retrouvait redressée d'elle-même". Déjà le dérapage contrôlé bien connu des tricyclecaristes !

    L'hebdomadaire satirique "Le Rire" illustrait Ganz de Fabrice : retour d'entre les morts (ou presque)à sa manière les exhibitions des nouveaux véhicules à moteur dont la Léon Bollée. La cible est ici "La Baronne Du System et son célèbre sauteur à vapeur 'Piston" (Extrait d'une page non signée)

    Dans ce ballet des trois roues est venu s'inviter, immédiatement derrière Léon Bollée, une bicyclette à pétrole. C'est celle de Ganz de Fabrice qui a "étonné par sa vitesse les spectateurs de cette Coupe". On apprend aussi que son pilote est "un ingénieur allemand, charmant garçon du reste, membre de l'Automobile Club et habitant à Cannes, l'hiver, la Villa Stella". L'identité du personnage ainsi esquissée, restait à en savoir un peu plus sur sa machine.

    Malheureusement, on devra se contenter de quelques lignes, fort louangeuses, mais fort peu... techniques. Avec, toutefois un indice utile sur son origine qui se confirme grâce à deux photos publiées sur le F#!"?book des Vieilles Bielles Genovéfaines dont ci-dessous une photo prise au dernier Veterama, le grand marché allemand de la moto ancienne ...

    Ganz : le retour

    Il est évident que le lettrage rapporté sur le réservoir, avec cette date, est largement postérieur  à la naissance de la machine. Celle-ci serait aujourd'hui dans un musée en Hongrie pays qui, allié à une vingtaine d'autres, forma l'empire austro-hongrois jusqu'en 1918. À l'époque, Munich où est née la Wolfmüller & Hildebrandt n'était alors distant que de quelques dizaines de kilomètres de la Hongrie...

    ... On rapprochera ce document du reportage de la course publié dans La France Automobile dans lequel Paul Meyan, le directeur de la revue, signe ce paragraphe : "La bicyclette engagée par M. Ganz de Fabrice, une Wolfmüller dont on a profondément modifié le carburateur et l'allumage, n'a pas été sans étonner tout le monde. Disons qu'en dehors de la valeur réelle de l'instrument elle était montée par un coureur d'une agilité et d'une souplesse peu communes, qui faisait sur cet instrument de la voltige mieux qu'on ne la fait sûrement dans les cirques les plus réputés"

    Ganz de Fabrice : retour d'entre les morts (ou presque)

    Il est clair que la parenté (sinon l'ascendance) de la Ganz est à rechercher du côté de la Wolfmüller & Hildebrandt. Si les profondes modifications signalées par Paul Meyan ne sont pas lisibles (carburation et allumage) sur le photos, on voit que la distribution est bien différente. En effet, les soupapes "latérales" de l'original ont, sur la Ganz, migré en tête des cylindres à refroidissement liquide. Cependant, leur commande s'effectue toujours par la longue tige qui court depuis la démultiplication des deux couronnes crantées au moyeu arrière et dont on suppose l'homologue sur le côté droit. On remarque l'absence des bandes de caoutchouc qui assuraient la régularité du mouvement moteur. Elles seraient ici compensées par l'effet "volant-moteur" de la roue arrière flasquée (?). On note que le nom de Ganz figure, venu de fonderie, entre les fûts des deux cylindres. Détail qui montre que la fabrication de la machine, du moins de son moteur, n'a pas tellement été l'œuvre d'un bricoleur comme le laissent penser les mots désinvoltes de P. Meyan sur "la valeur réelle de l'instrument". 

    Ganz de Fabrice : retour d'entre les morts (ou presque)

    Le dispositif de commande des soupapes de la H & W était particulièrement compliqué et l'on comprend que Ganz de Fabrice ait voulu y apporter ses propres solutions...  Avec un certain succès puisque l'autre bicyclette à moteur engagée dans la Coupe n'était pas au départ. Il s'agissait d'une Hildebrandt & Wolfmüller (ou francisée en Duncan & Suberbie) que devait piloter Huzelstein, lequel semble avoir été le "pilote d'essai" allemand chargé des présentations de la machine aux éventuels clients/investisseurs français. Il sera l'un des derniers, associé à Lotz, dont le nom figurera à côté de celui de la Wolfmüller.

    Malgré sa supériorité manifeste, la Léon Bollée finira par laisser la place au triomphant De Dion-Bouton. Outre les machines à sa marque, le moteur du marquis équipait les tris Clément, Comiot et autres Phébus de la concurrence y compris celui de Mme Léa Lemoine qui se classe 5e sur les neufs concurrents arrivés. Tous bienheureux d'avoir échappé à l'incendie qui attaqua deux machines sur la ligne de départ. Un concurrent, pour avoir de l'essence fraîche, avait vidé le contenu de son réservoir sur la route... une allumette ou un mégot fit le reste, heureusement sans trop de conséquences.

     

     


  • Commentaires

    1
    Jeudi 25 Octobre à 20:25

    Bravo j'adore vos articles, pleins d' humour et de technique

     

      • dan
        Jeudi 25 Octobre à 21:30

        Bourdache ,c'est toujours la classe ! et faut pas oublier il y a du contenu !

      • Samedi 27 Octobre à 17:33

        Merci, on fait ce qu'on peut... surtout pour la "technique" !

    2
    jackymoto
    Jeudi 25 Octobre à 21:28

    Sur la Ganz, on ne voit aucun dispositif d'allumage, sur la Hilldebrand ce sont des tubes de platine incandescents  chauffés par une lampe (à essence?).

    Vers 1902 sur une revue du défunt Touring Club de France, le rédacteur se plaignait des nombreux vols de tubes de platine et conseillait de munir le capot moteur des véhicules d'un cadenas. Les malfrats voleurs de pots catalytiques n'ont rien inventé!

      • Dimanche 28 Octobre à 14:14

        Voir un prochain article pour l'allumage

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