• L'album de famille des Français 1940-1970

     

     

    Certaines des illustrations figurant dans cet article ont été utilisées dans mon livr"Les Motos des Français - Un album de famille 1945-1970" paru en 2002 (Épuisé)

    L'album de famille des Français 1940-1970

    Le 9 septembre 1945 se couraient les Coupes de Paris organisées par l'A.G.A.C.I. dans le Bois de Boulogne. C'était la première épreuve de vitesse en région parisienne depuis la Libération, mais c'est le Circuit de Saint-Cloud du 9 juin de l'année suivante qui a conquis la gloire aux yeux du souvenir. Mis sur pied à la hâte, le premier nommé n'a pas eu l'aura du second qui était patronné par Paris-Presse et L'Equipe avec, selon une belle affiche de Geo L'album de famille des Français 1940-1970
     Ham, "le concours de l'A.M.C.F. et du M.C.C." (Association Moto-Cyclecariste de France et Moto Club Clodoaldien). Un libellé qui situait assez bien la place des uns et des autres.

    La réunion de St-Cloud avait tout d'un rassemblement mondain honoré de la présence du général Jean De Lattre de Tassigny, bien connu pour son goût d'une certain decorum (il était surnommé "le Roi Jean"). Il tenait beaucoup à l'excellente tenue des hommes sous son commandement et s'il était dans la tribune d'honneur dressée presqu'à l'entrée du tunnel de l'autoroute de Saint-Cloud, ce n'était pas par amour de la moto mais pour encourager l'un des anciens de sa 1ère Armée. Celui-ci, Jacques Charrier fervent motocycliste, était rentré d'Allemagne après la capitulation avec une moto dans ses bagages, rien moins qu'une B.M.W. 500 à compresseur. Comme souvenir, c'était mieux qu'une baïonnette, un fanion, un casque, voire une grenade à manche. Mais c'était sans doute tout aussi dangereux à manipuler. À Saint-Cloud, il termine 11ème des 14 classés... Pudiquement, Moto Revue dans son reportage le mentionne dans une catégorie à part des "Motos 500 à compresseur". Il y figure tout seul, et pour cause ! (voir les commentaires en fin d'article).

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    À l'arrivée, point de photo de la B.M.W. à compresseur mais la performance de Marcel Perrin sur 250 Excelsior ACT fur remarquée et honorée comme on voit en présence du général De Lattre de Tassigny. Tout à droite, Eugène Mauve, membre de l'organisation inaugurait ses légendaires culottes de golf. Concernant la B.M.W. de Charrier, la dernière fois qu'elle a fait l'actualité, elle était dans les mains de John Surtees, désireux de connaître son pedigree français. Mais je crois qu'elle a beaucoup voyagé depuis...

    L'album de famille des Français 1940-1970

    Une partie du succès du Circuit de Saint-Cloud tient pour une part à l'inclusion dans le parcours d'une portion de l'Autoroute de l'Ouest, une grande nouveauté encore même en 1946. Y compris pour ceux qui ne l'avaient jamais parcouru, faute de véhicule adéquat. Décidée en 1935, la construction de cet autoroute (premier et unique en France, rappelons-le) fut interrompue en 1941. Une partie fut ouverte à la circulation en direction du nord, après la déviation qui mène à Vaucresson ou Versailles desservie par le pont situé à l'arrière-plan. L'absence de tout véhicule indiquerait que cette photo a été prise (dos à la capitale) dans la partie à demi-terminée et située entre le tunnel et le pont. L'autre photo, en ouverture de l'article, aurait été faite du haut du pont, en direction de Paris dont on distingue la Tour Eiffel dans le lointain et... une moto dans le bord gauche !

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    Le tunnel ouvrant l'accès à l'autoroute était occupé par les troupes allemandes. Elles y entreposèrent des explosifs, dont des torpilles de la Kriegsmarine destinées à la destruction de Paris (les ponts, en particulier). Il s'est dit que de nombreux édifices de la capitale avaient été minés, mais jusqu'à présent aucune traces ni témoignages de ces méfaits n'ont été découverts. La photo représente la sortie en direction de la province avec une circulation à double sens dans un tunnel "simple", devenu "double" aujourd'hui.

    AVANT L'OCCUPATION DE LA FRANCE, LA GUERRE !

    En 1946, la moto de Jacques Charrier avait fait forte impression sur les foules, mais sans doute moins que celles qui avaient brutalement déferlé sur la France après l'incertitude créée par la "drôle de guerre". Durant de longs mois, l'armée française était restée sur ses positions défensives consciente de sa force derrière la ligne Maginot ("On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried" chantait Ray Ventura et ses Collégiens). On attendait donc l'ennemi sur une ligne de front comme en 14. La surprise du 10 mai 1940 en fut d'autant plus grande de voir arriver cette armée mécanisée à l'extrême et si rapide pour contourner nos positions. La stratégie de la "blitzkrieg" élaborée à la fin de la première guerre prouvait son efficacité. Parmi les chars et les automitrailleuses circulaient les chiens de garde motocyclistes sur des machines dont la plus emblématique était la fameuse B.M.W. culbutée 750 R 75 attelée, ou encore la 750 R 12 latérales. À leur côté, en liaison ou en avant-garde  se trouvaient les motos solos ou sides d'à peu près tout ce que l'Allemagne comptait de constructeurs de deux-roues en plus de B.M.W. Ils étaient nombreux et présents dans toutes les cylindrées, de 125 cm3 (voire 100) à 800 cm3 dont la prestigieuse Zündapp 4 cylindres. Mais l'ennemi dans sa marche en avant accélérée allait aussi récupérer tout deux ou trois-roues qu'il trouvait en état de marche, abandonnés par nos troupes vaincues ou en déroute.

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     Flat-twin oblige, l'Allemand semble avoir particulièrement apprécié nos Gnome-Rhône. On les comprend lorsqu'ils les trouvaient dans cet état, seulement vidées des munitions et des équipements contenus dans le coffre des sidecars. À en juger par la position de ces deux attelages encore bien alignés, leurs pilotes n'ont guère eu la possibilité de réagir.

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     Prises de guerre, les Gnome-Rhône reprirent vite du service. Et assez longtemps puisque sur quelques sites ou blogs consacrés au militaria, on voit que certaines ont été en opérations jusqu'en Ukraine, après la rupture du pacte germano-soviétique.

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    Le "feldgrau" de base était aussi fier de prendre la pose sur une machine prise à l'ennemi que s'il avait piloté une production de Munich ou Neckarsulm.

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    Les rares Indian qui avait survécu au naufrage du navire qui les transportaient en France n'eurent guère le temps de démontrer leur potentiel. Mais elles aussi...

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    ... reprendront du service sous d'autres couleurs et avec d'autres pilotes.

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    Quelques mois plus tard, on verra des Indian dans nos colonies ou dans des pays sous mandat français. C'est ainsi qu'en 1941 le Bataillon de marche de l'Oubangui-Chari participera à la campagne de Syrie (juin-juillet) menée par la France Libre.

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    Les René Gillet ont laissé de nombreuses traces de leur utilisation durant le conflit. Sans doute parce que la marque de Montrouge a fourni le plus de machines à l'armée française. Elles ont connu des situations bien moins paisibles que celle représentées ici pour les besoins de la propagande (photo parue dans Match - 1940).

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    Ensuite, les photographes seront plutôt les soldats allemands. Aujourd'hui, on trouve tellement de photos de ce genre que c'est à croire qu'ils avaient tous un fusil dans une main et un appareil photo dans l'autre !

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    Certains avaient même un certain sens de la mise en scène comme en témoigne cette "nature morte" avec un casque français (troué) posé sur la selle d la René Gillet. 

    L'album de famille des Français 1940-1970

    En Tunisie, alors sous protectorat français, les troupes de la France Libre étaient alliées aux Américains et aux Britanniques. Elles participèrent aux combats contre les Italiens et les Allemands. Ce sidecar René Gillet, probablement de l'Armée d'Afrique, était armé d'un fusil-mitrailleur modèle 24/29 que certains d'entre nous ont connu... 

    L'album de famille des Français 1940-1970

    De la 250 cm3 deux-temps à la bicylindre en V latérales 750, Terrot étudia plusieurs type de machines répondant (avec plus ou moins de bonheur) aux exigences de l'armée. Quelques marchés portant sur de petites quantités furent passés, mais semble-t-il sans conviction de part et d'autre. La plupart du temps, ce sont des motos civiles de réquisition que l'on trouvera aux mains de nos soldats en campagne, comme cette culbutée (250 ou 350 ?) à la sommaire immatriculation militaire et sur laquelle le chrome n'avait pas été économisé.

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    L'apport essentiel de Terrot à ses machines de Type A (Armée) réside dans ces roulettes destinées à faciliter le passage des bosses en terrain varié. Ces A (monocylindre)  présentaient en outre un cadre moins long afin d'être plus maniables. Dans les essais dit "d'évaluation", les militaires exigeaient la présence d'un passager, sinon la moto n'offrait pas plus d'avantages que le cheval... qui resta leur favori jusqu'en 1939, malgré les multiples cris d'alarme d'un certain Colonel De Gaulle partisan de l'arme blindée !

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     L'armée française "pensait" tellement cheval que la tenue du motocycliste en porte la trace dans ces leggins cavalières qui semblent avoir connu le premier conflit mondial. L'équipement plus spécifique composé d'une veste (parfois en cuir) avec pantalon en grosse toile imperméable n'apparaîtra que plus tard.

    L'album de famille des Français 1940-1970

    En fait de Terrot Type A, certains durent se satisfaire d'une plus modeste 175 deux-temps.

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    Bottes bien cirées, uniforme impeccable, voici un futur "occupant" heureux sur une non moins belle Terrot latérales qui n'a même pas encore changé d'immatriculation.

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    UNE ARMÉE FRANÇAISE EN TROMPE-L'ŒIL

    Sitôt l'armistice signé en juin 1940, le gouvernement de Vichy décida la création de Chantiers de Jeunesse (juillet 1940). Encadrés par des officiers d'active ou de réserve, les Français en âge de faire leur service militaire furent rassemblés dans des camps sur différents points du territoire. Dans une ambiance moitié scoute, moitié militaire, il devaient effectuer des travaux divers, principalement forestiers. Il y eut aussi un Établissement hippique des Chantiers. Le but était de maintenir un semblant d'armée française, tout en occupant une jeunesse à tout le moins désœuvrée et qui pouvait s'avérer "turbulente". L'esprit de l'opération est bien présent sur les affiches (ci-dessus) qui mettront à contribution tout les héros de la mémoire collective des Français : le maréchal Lyautey, Guynemer, Bayard, Saint Louis ou Vercingétorix. Ce dernier a l'avantage de manier une hache à double tranchant, arme supposée des Gaulois, qui fournira un symbole repris par Pétain. Il en fera une décoration - la Francisque - qui, pour certains récipiendaires, perdra beaucoup de son rayonnement à partir de 1944...

    L'album de famille des Français 1940-1970

    Pour occuper des jeunes gens pleins d'enthousiasme, quoi de mieux que la mécanique, et qui plus est la mécanique motocycliste. Dans cet atelier non-situé (Isère ?) sont rassemblées des motos "civiles" ou réquisitionnées. Aussi quelques militaires en voie de guérison comme la Gnome-Rhône à gauche portant une double immatriculation.

    L'album de famille des Français 1940-1970

    Remise à neuf ou trouvée telle quelle, une René Gillet attelée est une bonne occasion de s'amuser entre copains. Mais c'était peut-être, plus sérieusement, pour l'essayer afin d'en apprécier les performances...  

    L'album de famille des Français 1940-1970

    Tellement tendance aujourd'hui, la "kustom kulture" n'est vraiment pas une nouveauté. Et cette malheureuse Gnome-Rhône Major 350 latérales en a fait les frais il y a 3/4 de siècle ! 

    (À suivre, bien sûr...)

    Ce blog est la suite de zhumoriste.over-blog.com/ dont les 375 articles sont toujours consultables bien que ce blog soit désormais en sommeil

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    BOGULA Christophe
    Vendredi 12 Juin 2015 à 20:37

    Bonjour,

    Et si l'Excelsior de Marcel Perrin  était plutôt une OK Supreme?

    Je me trompe peut être.

    Amicalement.

    2
    Vendredi 12 Juin 2015 à 20:59

    Meuhhh non ! C'est moi qui... Merci de le signaler, on voit qu'il y en a qui suivent!

    3
    BOGULA Christophe
    Vendredi 12 Juin 2015 à 22:54

    Je suis fier de pouvoir coincer un grand spécialiste.

    J'apprécie votre travail, continuez.

    4
    Jackymoto
    Vendredi 12 Juin 2015 à 22:55

    Il me semble avoir lu il y a pas mal de temps que Charrier avait bousillé le compresseur car la BMW était prévue pour fonctionner avec du mélange qui le graissait au passage. Je suppose que le manuel de l'utilisateur n'avait pas été fourni avec.  Son arbre à cames avait été  copié pour une de nos production nationale...mais ce sont sûrement de mauvaises langues qui me l'ont dit.smile

    5
    Samedi 13 Juin 2015 à 10:55

    Bogula

    "Grand spécialiste"... modérez un peu vos louanges cher ami, j'ai présentement les chevilles enflées, suite à un accident de bécane, alors merci de ne pas aggraver mon cas !

    Jackyfield

    Lorsque John Surtees était venu à Montlhéry aux Coupes ML (année ?), je lui avais apporté les photocopies de Moto Revue où il était question de la course écourtée de J. Charrier sur la BMW. Il m'avait parlé alors de cette histoire d'huile (ou autre lubrifiant) qu'il fallait ajouter au carburant afin que le compresseur ne grippe pas. Ce qui s'était produit, sans doute avec Charrier et aussi par la suite avec un autre acquéreur (ou plusieurs ?) que Charrier aurait sollicités.

    Surtees m'a raconté une sombre histoire mettant en cause la douane anglaise qui n'avait pas voulu laisser entrer la bécane sur le territoire de G.B. car elle n'avait pas de papiers (et pour cause !). Elle était donc repartie, peut-être vers les Estados Unidos où Charrier avait des liens établis grâce à des membres du SHAPE basés à St-Cloud comme lui-même. (C'est lui qui avait fait venir Bud Ekins en France pour le faire courir en moto-cross). La BMW serait ensuite revenue en Europe, provisoirement chez Surtees... Il faudrait un Columbo + Hercule Poirot + Sherlock Holmes et d'autres pour reconstituer le parcours de cette Kompressor qui se trouve où aujourd'hui ? ? ? 

    6
    BOGULA Christophe
    Samedi 13 Juin 2015 à 11:45

    J'avais lu que la seule authentique qui existait était celle de Surtess.

    Ce n'ai pas celle qui retrouve au musée BMW?

    7
    Samedi 13 Juin 2015 à 12:14

    Bogula

    ? ? ? plusieurs de ce modèle ont été sauvées de la destruction de l'Allemagne puisqu'elles ont couru quelques années, mais seulement chez elles. Idem pour les NSU compresseur. 

     

    8
    jackymoto
    Mercredi 24 Juin 2015 à 00:23

     Les BM : cadre court (moins 3 cm) pour Tom Bullus, cadre normal pour Schorsch Meier.

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