• La méthode Poulain-Artcurial expliquée aux gogos

    C'est sur le site du "Yacht Club des Avions de la Route" (entendre "cyclecars") que j'ai trouvé un texte savoureux qui s'applique au monde de la voiture ancienne. Cependant, il mérite d'être médité par tous ceux qui s'intéressent à la moto ancienne car, comme aurait pu dire l'autre (l'illustre André Malraux parlant du cinéma) : "Par ailleurs la moto est un commerce".

    Voici ce texte in-extenso précédé de la profession de foi de ce Club à retrouver sur http://yacht-clubdesavionsdelaroute.blogspot.fr/: 

    "Le Yacht club des Avions de la Route est un cercle qui se plait à être déclaré nulle part et affilié à personne. Il réunit depuis 1995 des férus d’engins improbables et plus généralement de tout ce qui roule, vole et navigue ou du moins tente de le faire…"

    samedi 7 février 2015

    VENTE BAILLON : UNE LEÇON DE MARKETING !

    par Igor Biétry

     « € 46M ce soir, 89% vendu ! 15 000 visiteurs/jour de la Collection Baillon, une vente historique pour un résultat historique ! »

    C’est le post que l’on pouvait apprécier sur le mur de Matthieu Lamoure, brillant directeur du secteur automobile chez Artcurial. La fameuse vente Baillon a tenu toutes ses promesses et fera date dans notre petit milieu. La faune des grands collectionneurs, dont le portefeuille n’a d’égal que l’égo, est venue en découdre à Paris, les prédateurs sont venus mordre à pleines dents dans le banc de l’automobile de collection… Sensas, Matthieu Lamoure a réussit une belle partie de pêche et surtout un coup de “com” à enseigner dans les écoles de commerce.

    la méthode Poulain

    La Ferrari Delon de la collection Baillon "telle que découverte". Photo Rémi Dargegen = www.remidargegen.com avec mes excuses pour l'indication erronée donnée précédemment (On conseille avec insistance la visite de ce site où figurent les photos de la collection Baillon bien plus émouvantes que lors de la "mise en scène" de la vente).

    Oui la collection Baillon fut une grande collection avec quelques pièces magnifiques et des monuments comme la Ferrari 250 GT California qui reste incontestablement l’une des autos de route les plus désirées de la marque au Cavallino rampante... Mais pour que cette vente prenne cette ampleur il a fallu tout le talent d'un homme.

    La pêche au gros selon la méthode Lamoure, c’est avant tout de s’appuyer sur une notoriété qui n’est plus à prouver. Artcurial, c’est la personnalité d’Hervé Poulain et 30 ans de ventes d’exception, spectaculaires, théâtrales et savamment orchestrées. C’est chic d’acheter chez Hervé pour rouler chez Patrick… Fort de la notoriété porteuse de la fameuse maison du rond-point des Champs-Elysées, il faut jouer les amnésiques et se présenter comme "l’inventeur" du trésor ! Comme La Vie de l’Auto l’indiquait il y a quelques années sous son titre : “Il n’y a de nouveau que ce qui été oublié !” (Campan). À petites touches, fines et aiguisées comme un hameçon de 10, Mathieu Lamoure affole les réseaux sociaux, comme on taquine la truite à la mouche. Là, où l’homme d’Artcurial est très fort, c’est qu’il fait appel à un tout jeune talent de la photographie de bagnoles : Rémi Dargeron. Du coup, non seulement la découverte est sublime mais le rendu est féérique. C'est du grand art ! Reste plus qu’à balancer l’info dans les rédactions et laisser faire le fameux buzz…

    Artcurial vient de découvrir le nirvana de la bagnole avec des merveilles de la carrosserie française, enchevêtrées dans les ronces… La plus désirable des Ferrari de route, celle que l’on s’arrache comme un Van Gogh, est présentée le capot enseveli sous des piles de vieux L'Automobile… Sacrilège, les Zorro vont dégainer les dollars pour secourir ces beautés. Mieux, lorsque l’on apprend que la Ferrari désirée a appartenu à l’icône du cinéma français… On atteint la frénésie comme à l’heure de la soupe dans les bacs d’élevage des saumons norvégiens. Allez, juste histoire de rire, rappelons nous simplement que la Talbot T150C ex Le Mans et Mille Miglia qui comptait parmi les premières voitures de la collection Baillon vendue en juin 1979 avait atteint 160 000 francs. C’est un Allemand qui l’avait acquise à l’époque et l’a revendue en 2013 : 1 461 800 €... à un français ! (source LVA). Avouez que c’est plus efficace que le PEL !

    Mathieu Lamoure nous a vendu du rêve à la perfection ! Les américains se voient gagner Pebble Beach dans deux ans, les rosbiffs briller chez Lord March et les professionnels “de la profession“ français, maltraités par le RSI, se voient à la tête de chantiers aux retombées pantagruéliques. Alors, même les « petites » autos irrécupérables sont des miettes de choix, car aujourd’hui posséder une « Baillon », c’est un peu comme entrer dans l’histoire. Ça nous rappelle évidemment la vente "Pozzoli" confiée aux mêmes...

    Hervé Poulain a réussi à créer un snobisme autour de son étude, Matthieu a réussi le tour de force de créer un snobisme autour d’une vente… La technique Artcurial a atteint des sommets ! Chapeau bas !

     


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  • Commentaires

    1
    Samedi 2 Mai 2015 à 21:44
    merci de corriger le crédit photo: Remi Dargegen. Site web: www.remidargegen.com
    2
    gilles
    Samedi 2 Mai 2015 à 22:35

    Bonsoir, c'est le principe de l'offre et la demande bien orchestré. Mais ce principe est très dangereux pour notre passion de conservation d'un patrimoine technique, culturel, artistique et industriel. Que faire pour empêcher une spéculation galopante? Pour l'amateur modeste, qui va passer cinq ou dix ans à restaurer la voiture populaire ou non de son grand-père, à la sueur de son front et l'épuisement de son livret A, c'est complètement irréel. Le phénomène rejaillit sur des véhicules très modestes : une 2CV à 6000 euros, et l'année prochaine? Un quidam m'a proposé 4000 euros pour mon 500XT, c'est le prix que je l'ai acheté neuve, et elle a 60000km!!!

    3
    Alan
    Dimanche 3 Mai 2015 à 02:15

    Oui, c'était bien un coup de marketing et les ficelles étaient un peu grosses


    N'empêche, la visite du hall de la collection Baillon etait un moment exceptionnel, magique. Pour celui qui n'avait aucune intention d'acheter, quel plaisir de se balader au milieu de ces fabuleuses voitures des années 30 restées dans leur jus, dans une pénombre savamment distillée !


    Seuls les "winners" de la vente ont payé ce rêve au prix fort

    4
    Jacques
    Dimanche 3 Mai 2015 à 09:37

    Ce genre de vente et tout le "cinéma" savamment orchestré autour par les spéculateurs est très regrettable et préjudiciable pour le monde des petits collectionneurs, des VRAIS amateurs qui aiment les véhicules anciens pour ce qu'ils sont et non pour leur valeur (de revente ?). Qu' on le veuille ou non tout cela entraine artificiellement les prix vers le haut. Même la pièce détachée devient inabordable… C'est pour cette raison que les revues et les sites spécialisés regorgent d'annonces qui ne trouvent pas preneur. Le moindre véhicule à 2,3 ou 4 roues même sans intérêt est toujours proposé au double ou au triple voir plus de sa valeur réelle. Bon courage à ceux qui démarrent aujourd’hui en collection…

    5
    Remid
    Dimanche 3 Mai 2015 à 09:45
    La différence avec la vente Baillon, c'est qu'il ne s'agit pas de spéculateurs. Les jeunes spéculateurs friqués font monter les prix de sportives des années 60/70/80. Il ne s'intéressent pas aux avant-guerre. Et il faut être sacrément fou et passionné pour avoir dépensé les sommes atteintes pour de telles autos, qui de toute façon, si elles sont revendues, ne feront pas gagner d'argent à leurs nouveaux propriétaires!
    6
    manx
    Dimanche 3 Mai 2015 à 10:23

    Bonjour,


    Cette vente est malgré tout typique du monde de la collection : avoir toujours plus beau,plus rare,plus gros,plus plus plus que les autres collectionneurs.


    C'est le cas aussi depuis quelques années pour les motos anglaises (les préférées de l'ami Bourdache money) exemple une Norton commando au passé inconnu mais souvent bien agité, matraqué aux mains de bricoles tout.,mais de bel aspect (important ça l'aspect),se vends plus cher aujourd'hui qu'une neuve de l'époque et c'est à qui n'aura pas sa commando dans son garage.Hilarant pour ces Nortons diabolisaient à l'époque par les revues dites spécialisées (à la solde des 4 marques du soleil levant) que beaucoup voudraient bien possédés aujourd'hui.

    7
    Dimanche 3 Mai 2015 à 10:55

    Merci pour la correction du crédit, et la mention qui suit, très sympa!  ;-)

    8
    Didier Bouard
    Lundi 4 Mai 2015 à 09:33

    Photos de cette fameuse collection, telle que découverte, absolument superbes !

    9
    Mardi 5 Mai 2015 à 10:44

    Manx,

    Si mes "préférées" sont les anglaises, elles viennent après les italiennes, les tchèques, les espagnoles, les allemandes, les autrichiennes, les danoises, les belges, les hollandaises, les suédoises, les portugaises, les russes, les japonaises (bien sûr) et PAR DESSUS TOUT les avant-14, avec une "petite faiblesse" pour les françaises !

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