• Le Japon explore son passé motocycliste (7)

    J'EN ENTENDS DÉJÀ qui couinent au fond de la classe... "Quoi ? Encore de la japonaise ? Des ceusses qui ont tué la moto dans les années qu'on aimait tant ?". Ou encore et toujours l'argument fatal : "Copieurs !". Oui, oui, bien sûr vous avez bien raison, braves gens de lecteurs, mais les temps changent (Bob Dylan dixit) et il faut pratiquer le pardon, si reproches il y a ... d'autant plus que c'est dans notre intérêt. 

    D'abord faire le point : au risque de se répéter, on rappellera que la moto européenne n'a pas été "tuée". Elle agonisait lorsque sont apparues les premières Suzuki ou Honda pourtant précédées d'une réputation bien pourrie. La "camelote nippone" évoquait des souvenirs des années 30, ces quincailleries qu'on écrasait au rouleau compresseur, ces montres à deux balles, ces mécaniques qui tombaient en Le Japon explore son passé motocycliste (7)panne en trois jours, et irréparables, évidemment. Le même refrain a été repris dans les années 65/70, alors si vous voulez avoir une idée de l'ambiance de cette époque, souvenez-vous de ce qu'on disait autour de vous des motos coréennes il n'y a pas si longtemps.

    Voyons maintenant "copieurs". Là on est dans l'avant-guerre (la Deuxième), alors que le Japon n'avait qu'une très modeste industrie motocycliste et guère plus de réseau routier pour y lancer ses produits. Le plus gros du marché d'alors avait été capté par les Américains de Harley-Davidson (en licence) avant rupture des accords. Le reste était laissé aux rares petites marques et importations européennes, surtout britanniques. Après la capitulation, à partir de 1946, est née une balbutiante industrie, un artisanat, à base de bicyclettes motorisées (comme en France). Puis, dès que l'occupant yankee l'a permis, les cylindrées jusqu'à 250 furent autorisées. On a alors vu les copies des Adler, BMW et autres (pas de françaises, sauf peut-être le triporteur Peugeot !). On note cependant une différence de taille : il s'agissait de copies, certes, mais améliorées par des suspensions arrière oscillantes, distributions par arbres à cames en tête, freins centraux à tambour, clignotants (mais oui !), etc. Pas besoin de vous faire un dessin pour raconter la suite des évolutions techniques basées sur une électronique déconcertante de facilité mais dont parfois on ne comprend pas toute la nécessité... Et admettons honnêtement que ça vient du Japon.

    Le Japon explore son passé motocycliste (7)

    Ceux qui sont encore là pour lire ce feuilleton nippon savent que le point de départ en est You Will Bike, une revue de Tokyo diffusée sur le vouèbe. Elle s'intéresse aux motos anciennes, ce qui la rend plus sympathique que d'autres. On continue donc de la piller allègrement, ce qui a l'avantage d'éclairer une partie du motocyclisme d'un pays autrement que par son économie et ses chiffres de production. Sans perdre de vue que "moto ancienne" n'a pas tout à fait le même sens en japonais qu'en français...

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    Parmi les machines japonaises "les plus anciennes dans le grade le plus élevé", les Meguro semblent avoir la meilleure cote. Surtout dans un état d'origine comme celle-ci (photo trouvée ailleurs que dans You Will Bike - source à définir un jour...). C'est le modèle baptisé prosaïquement K1 qui succède à une T1 puis T2 dont la commercialisation - si jamais elle s'est faite - a été très limitée.

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    Une Meguro T2 pour jouer aux "7 zerreurs" en comparant avec les autres modèle de twins. 

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    Ces joyeux lurons sont des "inspecteurs" de Meguro chargés des vérifications avant livraisons des K1. À l'arrière-plan, une 175 dotée d'une chaîne finale sous carter (Photo Bikeshop 246).

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    La face B de la K1 dont le carter de distribution (entre autres détails) révèle bien l'ascendance BSA. Clignotants d'origine et larges pare-cylindres se retrouvent sur de nombreuses japonaises de ces années, au point qu'on peut se demander s'il ne s'agissait pas d'accessoires d'origine et rendus obligatoires par le code de la route.

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    Le badge de réservoir est presque de même forme, mais la le mot Meguro a été chassé par celui de Kawasaki comme sur le carter de distribution. Sur cette K2 apparue en 1965, l'amortisseur de direction a été emprunté à l'évolution suivante qui est devenue W1 chez Kawasaki.

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    Visant a priori une clientèle américaine, la W1 se présentait dans une robe allégée où le chrome remplaçait l'émail noir. La fourche recevait un soufflet en caoutchouc jugé plus "sport" mais la puissance restait inchangée avec 53 chevaux. Le frein avant double cames de série fut l'une des révolutions apportées par la moto japonaise (initié par BMW ?)

    Le Japon explore son passé motocycliste (7)

    Une W2 déjà bien modifiée pour Mlle Maki Nakajima avec silencieux de remplacement (le point faible de bien d'autres marques). Cette 650 SS, selon l'appellation japonaise, a été aussi atteinte par la "bobberisation" qui sévit en Occident avec ses tubes d'échappement entourés de bandes anti-caloriques (Bien utiles pour dissimuler leur bleuissement...) 

    Le Japon explore son passé motocycliste (7)

    À défaut du twin BSA 500 ou 650 qui supporterait peut-être mal la comparaison avec sa copie Meguro-Kawa, l'amateur se tourne vers le monocylindre de Birmingham. Dans une version "presque Gold Star" mais qui ne résiste pas à un examen poussé. Là encore, le jeu des "7 zerreurs" révèlerait un moteur de B 31 ou B 33 bien moins performant qu'un prestigieux B 32 ou B 34, un émail grenat caractéristique des BSA "tranquilles" et un double-cames de frein avant plus récent. Cependant, comme dit le proverbe nippon : "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse".

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    La notion origin & unrestored a aussi ses amateurs d'anglaises comme cette Norton twin (je dirais Mercury 650, mais je n'y mettrais pas ma main au feu) aussi classe que l'est son propriétaire. Origin donc, avec l'indispensable touche nippone qui convient sur une moto qui roule normalement. Ami lecteur, sauras-tu la trouver ?

    Le Japon explore son passé motocycliste (7)

    Sans rancune pour l'ennemi d'hier un amateur fier de son impeccable 750 WLA d'une marque que vous aurez devinée. Au cas contraire, vous êtes prié de quitter cette lecture sans délai !

    (La suite prochainement)

     

     


  • Commentaires

    1
    jackymoto
    Dimanche 2 Juillet à 23:22

    La Norton, elle a des clignotants et un clapet anti retour sur la durite d'huile ...

    Une Atlas 750 devrait avoir un compte tour ...si mes souvenirs sont bons et ça doit effectivement être une Mercury mais les "vrais" spécialistes du modèle devraient  confirmer ça.smile

     

      • Lundi 3 Juillet à 11:40

        On voit effectivement la trappe qui cache la prise de compte-tours et comme la photo est cadrée serré on ne peut pas voir l'instrument éventuel devant le guidon...

    2
    Mardi 11 Juillet à 19:28

    Je dois être un poil plus jeune que ceux qui n'aiment pas les jap's, parce que moi les anglaises et autres teutonnes ne m'ont jamais enthousiasmé quand j'étais ado ... sarcastic

    Par contre, la sortie de la CB450 puis celle des CB250/350 m'a fait rêver longtemps derrière les vitrines de Pithioud à Lyon. Enfin, le coup de grâce avec la CB750 en 1969, là j'ai été définitivement contaminé ... ^^

    Merci pour ces reportages passionnants sur les premières jap's, pour la plupart méconnues aujourd'hui.

    3
    Mardi 11 Juillet à 19:31

    Et une question : on le trouve où You Will Bike sur le vouèbe ???

    4
    Philippe P
    Mercredi 12 Juillet à 15:07
    5
    Aurelia B20
    Samedi 22 Juillet à 17:36
    Aurelia B20

    Super, merci smile

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