• Le Japon explore son passé motocycliste

    Bobber, chopper, scrambler, tracker, néo rétro, streetfighter (!), néo vintage, toutes ces tendances (avant on disait "modes") se sont étendues à la planète entière. Grâce au vouèbe, nul ne peut ignorer que la machine du youngtimer de la branchitude doit arborer la panoplie convenable : pneus à crampons, mini-phare, bande anti-calorique au(x) tube(s) d'échappement, rétroviseur en bout de guidon et autres amusettes destinées à faire tinter le tiroir-caisse des accessoiristes. Bien qu'à l'avant-garde du "connecting", le Japon semble avoir jugulé ce virus (vérole diraient les méchants...) au profit d'un retour à la machine ancienne (*), tout simplement. À tel point qu'une revue tokyoïte consacre régulièrement une place au phénomène (version originale à retrouver sur youwillbike magazine).

    (*) ancienne... relativement. En effet, l'histoire de la moto au Japon paraît récente, comparée à celle de l'Occident. Certes, les Japonais ont connu la moto avant la Deuxième guerre, mais il s'agissait en majorité d'importations. Par ailleurs, il semble que l'intérêt pour les ancêtres (à deux roues...) s'est déclaré tardivement dans ce pays. Un peu comme en France, me susurre-t-on...  

    Tendances nippones

    Cette Ariel culbutée de 1927 semble plutôt une provocation-recréation, mais au deuxième rabord, on se demande... Dans sa partie-cycle d'origine, elle a tout pour circuler normalement avec phare, rétroviseur, plaque d'immatriculation (vissée du côté gauche, on la devine à travers les rayons de la roue arrière). La boîte a conservé son kick-starter avec, petite fantaisie, une commande des vitesses par un très court levier (peut-être un sélecteur adaptable comme notre Vitex national ?) remplaçant la Tendances nipponescommande classique par tige et secteur au réservoir. Le silencieux et sa fixation rappellent le modèle démesuré qui avait cours sur le circuit de Brooklands afin d'épargner le sommeil des voisins (!).

      Ci-contre, une Ariel du même type dans sa version normale avec la commande des vitesses et le secteur au réservoir

    Pas de clignotants visibles (les normes CE n'ont pas encore atteint l'archipel nippon...), ce qui laisse supposer une réglementation japonaise assez tolérante envers les "ancêtres". À moins que ça ne soit une façon de se rebeller contre le "système" de la part du pilote dont le Barbour - ou Belstaff - souligne un parti-pris résolument pro-british mais tendance "rocker".

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    Comme tous les grands brûlés de la collection d'ancêtres, Kenichi Ikeda veut profiter de sa merveille à tout moment. Au point de la garder près de lui dans son bureau de travail.

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    Qui dit "rocker" dit obligatoirement "mod", l'ennemi préféré des graisseux, l'autre nom des motards fidèles à l'industrie britannique et qui détestaient les scootéristes sur Vespa et Lambretta. Les affrontements qui ont ensanglanté Brighton, Margate et autres villégiatures balnéaires sont bien oubliés. Ils sont entrés dans la légende que cette Japonaise honore par son vêtement - parka ex-militaire Tendances nipponesà capuche et fausse fourrure - sur son Lambretta. Lequel semble tout droit sorti de "Quadrophenia", le célèbre film inspiré de l'opéra-rock des Who farci de scooters à multi-rétroviseurs et accessoirisés en dépit du bon sens : mini saute-vent en plastique, phares à la douzaine, porte-bagages avant et arrière, barre pare-chocs sur les flancs, enjoliveurs de roues, etc. Le shopping de cette demoiselle serait parfait, jusque dans la plaque d'immatriculation "à l'anglaise" n'étaient un ou deux bémol : ses navrantes tennis devraient être remplacées par des "boots" en daim ou des chaussures basses en cuir, pointues, pointues... même si Jimmy le mod londonien héros du film (ci-dessus à droite) arbore des mocassins à glands qui font fureur du côté de Neuilly-Passy. Plus grave, elle se contente d'un seul rétroviseur contre les dix (10) de Jimmy.

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    Dans les catégories du classement des "p'tites vielles" anglaises, il y a - ou il y a eu - une catégorie "original and unrestored" qui dit bien ce qu'elle veut dire. J'ai souvenir d'un lointain West Kent Rally où elle valut un vif succès à un participant (Belge ? Hollandais ?) dont la machine des années 30 arborait sur son tan-sad en cuir sur bois un superbe Fistulina hepatica ! Cette curiosité, plus connue sous son nom de langue de bœuf, est difficile à cultiver de nos jours où on ne la trouve plus guère qu'au plus profond des forêts du Cantal, et encore... car on préfère y produire leTendances nippones fromage du même nom (éponyme...) et le Saint-Nectaire. La catégorie (pas celle des fromages) du original & unrestored a laissé des traces au Japon où You will bike en a débusqué au moins deux exemplaires. Et ces deux, coïncidence ?, sont des Triumph. La première, ci-dessus est une 500 T100 de 1939 qui semble bien "origin" quoique agrémentée... d'un guidon cornes-de-vache dans la tradition étasunienne. Les échappements terminés par des silencieux en "poire" ont perdu leur contre-cône arrondis de série, mais le tableau de bord caractéristiques des Triumph est bien en place (ci-contre, un exemple trouvé sur Internet). Les cadrans permettent les indispensables contrôles de cette époque, phare-code, batterie et lubrification, plus une mignonne baladeuse électrique bien utile en cas de panne nocturne (autre qu'éclairage, bien sur !). D'autres marques, dont certaines en France, offraient un semblable accastillage, mais en version "luxe" alors que chez Triumph, c'était de série. 

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    Dans la sélection de You Will Bike se trouvent beaucoup de Triumph proches de "l'état concours", jusque dans la couleur bleu métallisé de la Thunderbird. Au pire elle sont montées avec le large guidon relevé de celle de Marlon Brando dans le film-que-vous-savez. D'autres, poussent l'origin à l'extrême, ce qui les rend plus proches de la "casse" automobile que du Salon de Tokyo. Celle de Okazaki Yuzuke (ci-dessus) qui est cataloguée T110 est en réalité un cocktail made in Meriden de twins d'époques diverses. Le moteur 650 cm3 est bien un T110 (1955-1961) de 40 ch comme probablement la fourche avant avec son frein à écope de refroidissement. Le reste de la partie-cycle est dépouillé à l'extrême, y laissant sa nacelle de phare et sa suspension arrière oscillante. Laquelle est remplacée par le célèbre moyeu suspendu Triumph qui a quitté le catalogue en 1955.

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    Plus radical encore, le réservoir qui a perdu ses grippe-genoux en caoutchouc et laisse voir ses entrailles béantes, orphelines des cadrans de contrôle qu'il avait dû recevoir à sa naissance en 1939. Une vue d'oiseau révèle d'autres modifications, volontaires ou pas. On remarque l'absence de tout carter de chaine, y compris celui de la transmission primaire censée baigner dans l'huile. Ça peut être un choix délibéréTendances nippones en attendant le montage d'une courroie (?) selon l'exemple illustré ci-contre sur une autre Triumph. La selle "usée" jusqu'aux ressorts suggère plusieurs hypothèses : c'est un moyen de décourager les voleurs, bien que le Japon soit l'un des pays les plus sûrs à ce sujet : sur 1 million de vols et cambriolages divers recensés en 2012, seulement 5,7 % concernaient des motos contre 29,2 % des bicyclettes (et 1,2 % des sous-vêtements et vêtements féminins...). L'autre hypothèse est que le pilote dispose d'une protection de son fondement en titane (c'est léger) ce qui lui permet d'éviter la castration...  

     (À suivre)

    AVIS AUX AMATEURS : Il reste quelques exemplaires du livre de 130 pages rassemblant des photos d'époque inédites intitulé Le Japon se penche sur son passé motocycliste"Les Motos des Français - Un album de famille 1945-1970". Un chèque de 40 euros - port compris - fera de vous un homme (ou une femme) heureux (heureuse).Tous renseignements complémentaires : janbour@free.fr

     


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  • Commentaires

    1
    jackymoto
    Jeudi 9 Mars à 13:22

    La grande mode qui est de rouler avec du pourri rouillé sans garde boue, va faire encore plus de dommages que les peintures vernies 8 couches (qu'il suffit de décaper et de repeindre)...sans compter que ça risque d'attirer de coûteux contrôles techniques.

    Les japs n'ont pas l'air de connaître la bande Velpeau pour pourrir les tuyaux d'échappement.. Par contre, ils n'oublient pas la barbe et l'air sinistre de rigueur pour la photo. Il me semble que le pot Brookland devait avoir un volume de 5 fois la cylindrée ce qui faisait des bazars assez imposants sur les Bentley et autres grosses cylindrées.

     

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    2
    olieric
    Vendredi 10 Mars à 16:20

    très intéressant également, quoique hors sujet pour la période, sur la magnifique Ariel, le Pouet Pouet à double courbure fixé sur le hauban de roue arrière du cadre. C'est sans doute la vision des japonais sur la moto européenne... bon, ben je suis pas convaincu par ces quelques exemples. Ces gens méritent un séjour en camp de rééducation, na!

    3
    zerchot
    Vendredi 10 Mars à 17:52

    Comparé à ce que "la presse spécialisée" de notre pays nous montre des capacités des japonais à enlaidir pas mal de vraies motos, je trouve  les exemples ci-dessus bien aseptisés, voire "réglementaires" !

     

     

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