• Les motos du "Jurassic" à Cuba

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    Chacun connaît le monde jurassique selon Spielberg et plus récemment avec  "Jurrasic World". C'est farci de dinosaures et autres bestioles très méchantes, des choses en "saurus" ou des machins en "pteryx". Entre 200 et 145 millions d'années nous en séparent aujourd'hui, des années pendant lesquelles le "vivant" a évolué, nous compris. Il faut la magie du cinéma pour faire renaître un tel monde, mais en ce qui regarde la moto, c'est plus facile. Il suffit d'un billet d'avion et au bout de 9 h 40 en l'air vous êtes au cœur de "Jurassic Bikes", dans un pays où la moto (et l'automobile) n'ont pas bougé depuis 53 ans. Les motos "jurassic" de Cuba
    Une éternité au regard des progrès techniques qui ont déferlé depuis le blocus sur Cuba instauré par les États-Unis en 1962.

    Auparavant, ce pays à 150 km du continent nord-américain, était officiellement vanté comme L'ile des Vacances sous les Tropiques (ci-contre), mais il était surtout connu de façon moins reluisante comme étant "le bordel de l'Amérique" avec dictateur, mafia florissante et décomplexée, trafiquants de tout, paris sur courses hippiques, casinos de jeux, prostitution, blanchiment d'argent à grande échelle, corruption, drogue, tandis qu'une grande partie de l'économie de l'ile était aux mains d'entreprises américaines. Pour complaire auxLes motos du "Jurassic" à Cuba
    touristes à dollars, on avait même élargi des routes (à gauche, la fameuse promenade 6 voies du Malecón à La Havane) afin que puissent les utiliser à loisir les grosses voitures américaines de l'époque, Cadillac DeVille et autres Buick Roadmaster ou Chevrolet Styleline, sans risque d'égratigner pare-chocs ou aile. Sous le régime castriste, faute de carburant - importé du bloc Les motos "jurassic" de Cubasoviétique jusqu'en 1990 - et faute de pièces de rechange, les somptueuses voitures eurent bien du mal à survivre,
     engendrant un petit commerce de pièces détachées (ci-contre, avec des arguments particuliers...), avant d'être plus ou moins délaissées, voire abandonnées. Sur le ouèbe, on peut voir une Mercedes 300 SL bien abîmée après une rencontre avec un bananier qui passait par là (ne vous précipitez pas, elle n'y est sans doute plus à c't'heure...).

    On estime que 2/3 du parc automobile actuel est constitué par des américaines des années 50. Maintenues en état à grand frais et avec des trésors d'ingéniosité, elles sont souvent utilisées comme taxis collectifs ou à l'occasion d'un mariage ou encore louées en "voitures de ville" par les touristes. Dans les années 70 et 80, apparaîtront les carrosses soviétiques de Lada et Moskvich toujours plus ou moins en usage aujourd'hui, bien que l'importation de voitures d'autres origines ait été autorisée depuis janvier 2014. Malheureusement, elles font le désespoir des clients potentiels car affichées à des prix astronomiques de plusieurs dizaines de milliers de dollars. C'est énorme dans un pays où beaucoup de choses sont gratuites - services de santé, éducation scolaire, certains loyers, études de médecine, subventions alimentaires - mais où la moyenne du salaire mensuel d'un Cubain est de... 20 dollars ! 

    Les motos "jurassic" de Cuba

    Moins gourmandes en carburant et plus faciles à entretenir - les pièces de rechange  transitaient discrètement par le Canada, y compris celles pour les Harley- Davidson - les motos ont mieux survécu. Toutes importées, comme les automobiles, elles eurent quand même à souffrir de la disparition progressive des principales marques anglaises qui fournissaient le gros du parc motocycliste cubain avec, évidemment les deux "yanquis" Harley et Indian, jusqu'à la disparition de cette dernière.  

    Les motos "jurassic" de Cuba

    Les publicités motocyclistes de l'époque précédant l'embargo décrété par les États-Unis présentaient le haut de gamme de la production européenne. Parmi les machines qui ont été préservées, il ne semble pas que figurent des Ariel 4 cylindres, pas plus que des B.M.W. pourtant réputées indestructibles. 

    Les motos "jurassic" de Cuba

    Tout le paradoxe de Cuba symbolisé par une photo : l'étendard frappé de l'étoile aussi castriste que révolutionnaire, planté sur le symbole le plus mondialement connu du capitalisme étasunien, la Harley-Davidson ! L'ensemble est cependant rendu moins explosif  par la grâce d'une jeune personne qui fait honneur à la réputation de beauté des Cubaines. Sans remonter à la première de la famille à hériter du surnom de "bombe H cubaine" - la Chelo Alonso de notre adolescence (inoubliable dans Maciste contre le Cyclope ou la Terreur des Barbares) - on citera aujourd'hui Eva Mendes ou Vida Guerra...

    Les motos "jurassic" de Cuba

    Une autre Harley beaucoup moins "glamour" que la précédente car transformée en utilitaire bonne à tout, marchandises ou voyageurs (Il s'agit peut-être d'un Servi-car H-D transformé). Quoiqu'il en soit, c'est très apprécié dans un pays qui manque cruellement de transports publics. BedinCuba est un site (officiel ?) qui, comme le nom l'indique, fournit d'abord aux touristes des adresses d'hôtels ou de logements chez l'habitant. En outre, il fait de la publicité pour les monuments, quartiers typiques, musées, etc, et aussi pour les voitures et motos anciennes qui se rencontrent un peu partout, surtout dans les villes, et qui sont devenues des sujets d'attraction. 

    Les motos "jurassic" de Cuba

    Dans une version nettement plus confortable, le Servi-car Harley-Davidson retrouve une fonction noble et fructueuse : balader les touristes comme font les fiacres à Marrakech ou les traineaux en Autriche (Photo : radiorebelde.cu)

    Les motos "jurassic" de Cuba

    La société Poderosa Tours présente deux originalités propres à Cuba : A - Elle loue des Harley aux touristes et organise des voyages pour eux (encore tout pour l'étranger, mais c'est une importante source de devises pour le pays). B - Elle compte parmi ses trois fondateurs un certain Ernesto Guevarra - le fils de - photographié ci-dessus. D'où le nom choisi de "Poderosa", surnom de la Norton du Che dans le voyage que l'on sait. La machine personnelle du fiston est une Panhead des années 60, alors que le catalogue des machines proposées à la location comporte les derniers modèles du constructeur de Milwaukee, y compris la V Rod. Ce qui tendrait à prouver que tous les Cubains ne vivent pas avec seulement 20 dollars mensuels. On suppose que dans cette affaire, pour le bien du tourisme on s'est assis sur l'embargo, autant du côté cubain que du côté américain... 

    Les motos "jurassic" de Cuba

    Voyageur impénitent, l'ami Lapin en visite à Cuba n'est pas resté insensible au charme d'une latérales de 1947. Il est toujours équipé de son stylo "fish-eye" qui lui permet de faire tenir les plus larges sujets dans les limites de son habituel carnet de dessins (ici un livre de comptes, d'où les filets des colonnes en rouge). Son livre sur Cuba est dans toutes bonnes échoppes sous le simple nom de "Lapin à Cuba".

    Les motos du "Jurassic" à Cuba

    Au milieu des années 40, Gonzalo Bernardo Alonso Fernández venu de sa Galicie natale (Espagne) avait ouvert un atelier de réparations de motos à La Havane. Il participait à des courses routière au guidon d'une Indian qu'il modifiait progressivement à son idée. Un jour, il eut l'occasion de se frotter à une Vincent et à plusieurs Harley. Il les battit toutes, ayant arraché la victoire dans le sprint final grâce à sa position "à la Rollie Free". Intéressé par la performance, la Rogers International de Cuba (importateur Indian), lui offrit son soutien. Gonzalo Bernardo y etc se mit alors à "travailler" sérieusement son Indian. Elle devint la machine de el Gallego (le Galicien), célèbre dans toute l'ile par ses multiples victoires. La cylindrée atteignait 1300 cm3, le cadre venait d'un modèle de 1928 et la fourche fut changée pour la plus légère  parallélogramme de l'Indian Scout. Avec d'autres pistons (Borgo) et carburateur, elle frôlait les 200 km/h... En 1952, el Gallego partit en Espagne, puis retourna à Cuba, en 1956. Indian avait disparu et d'autres champions avaient pris sa place en haut des palmarès de la compétition. Son Indian n'était plus dans la course, alors il la remisa devant chez lui, enchaînée à la grille d'une fenêtre. Elle y était toujours au début des années 2000 lorsque Onelio Garcia Pérez vint recueillir ses souvenirs qu'il publia sur son site hobbiesenred.havanatrends.com (dont ce texte s'est inspiré). El Gallego avait alors 89 ans et des idées assez claires et définitives sur les motos modernes : "Aqui ya no hay motores, es una mierda". On se passera de la traduction...

    Les motos du "Jurassic" à Cuba

    Les spécialistes du "militaria" connaissent bien le Cushman parachuté en 1944 et dont quelques exemplaires furent réutilisés ensuite en Indochine par l'armée française. Le modèle civil était beaucoup plus habillé, tel celui-ci de la Serie 50 ou 60 fabriqué de 1946 à 1952 (+ ou -). Avec son 250 à soupapes latérales et son embrayage centrifuge et deux vitesses, il ne ferait pas si mauvaise figure encore aujourd'hui (Photo bedincucba.com)

    Les motos du "Jurassic" à Cuba

    Attention les yeux car maintenant on tombe dans le "bizarre" avec une spécialité typiquement américaine du nom de Whizzer. Ce gros vélo a un moteur à soupapes latérales (cylindrée ?), monté comme s'il s'agissait d'un adaptable des années 1900. Ce qui pourrait bien être le cas de celui-ci. (Doigt dans l'œil me suis-je mis ! D'après Jackymoto c'est du letton ! Voir commentaires)

    Les motos du "Jurassic" à Cuba

    Voici un Whizzer "true blood american" dans une tenue immaculée. La frêle fourche télescopique est bien d'origine tandis que le guidon adopte le style "hi rider" propre aux choppers. La transmission finale à courroie est la signature des Whizzer presque depuis les débuts de la marque qui remontent à 1939. Elle a commencé à battre de l'aile au milieu des années 50 avant de se tourner vers la fabrication de jouets. Vers 1997, une fabrication portant le même nom refit surface, proposant le "New Whizzer" et des pièces de rechange pour tous les modèles. Il semble que depuis les Chinois soient entrés en scène...

    (À SUIVRE : On retourne à Cuba !)

    Ce blog est la suite de zhumoriste.over-blog.com/ dont les 375 articles sont toujours consultables bien que ce blog soit désormais en sommeil.

     


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  • Commentaires

    1
    Zerton
    Samedi 20 Juin 2015 à 12:53

    Il est vrai que l'ingéniosité des Cubains n'étant plus à démontrer dans maints domaines,

    il est logique qu'ils aient fait durer des engins motorisés aussi vieux que les paquebots

    à 4 roues des fifties...

    2
    jackymoto
    Mercredi 24 Juin 2015 à 00:07

    Le pétarou bleu, c'est un Riga 13 qui n'est pas très vieux (années 80 ); quelques un avaient été commercialisés au Maroc et le motociste de Meknès m'avait dit que ça ne tirait pas un boudin! Pride & Clarke à Londres les avaient importés dans les années soixante. Dans l'usine Riga en Lettonie, il y avait eu également une fabrication d'une copie parfaite du Vélosolex.

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