• MOTO ET (beaux ou moins beaux) ARTS

     Sauf rares exceptions - mais elles sont importantes - la moto n'a inspiré et n'inspire que peu les artistes. Je ne parle pas ici du fatras de ces illustrations qui envahissent nos magazines, les BD, les cartes postales, la publicité et... le ouèbe. Prétexte à dessiner/peindre/photographier voire photoshoper avec plus ou moins de talent une moto. De préférence, une Harley-Davidson, glissée sous les fesses d'une personne du beau sexe et, dernier poncif,  surtout pas frileuse. On obtient effectivement une image mais point d'art là-dedans, ou si peu... 

    LA MOTOCYCLETTE ET LES (BEAUX) ARTS

    À chaque époque ses fantasmes. En 1900, et sans moto, ils se fixaient sur les "caractères sexuels secondaires de la féminité" (dixit le Larousse) que certaines, mal loties par la nature, accentuaient en glissant sous leur robe des "tournures". Aujourd'hui, le "lipofilling" a le même effet. Ce projet d'affiche de Grün, "avant la lettre", annoncait une revue théâtrale dont le titre était : "Veux-tu grimper ?". Tout un programme...

    Cependant, depuis la fin du 19ème siècle, des grands noms de la peinture, de la sculpture voire de la photographie se sont frottés glorieusement à la représentation motocycliste. Glorieux mais peu nombreux car ils ont dû surmonter deux obstacles principaux : l'un tient à une difficulté purement artistique, l'autre a des raisons économiques. Historiquement, c'est le problème économique qui s'est présenté en premier.

    LES LOIS DU COMMERCE AUTOMOBILE

    L'automobile naissante a suscité l'apparition de publications qui lui sont consacrées. Leurs éditeurs sont mus par des motivations éducatives, vulgarisatrices, scientifiques, techniques ou purement commerciales. L'imprimerie ne permettant pas à l'époque une bonne reproduction des photos, on utilise largement les gravures en noir et blanc. C'est par la publicité, ce nerf de la guerre de l'édition, que la couleur va apparaître sur la couverture (en "une" et en "der" selon le jargon journalistique) de revues imprimées sur beau papier (Le Figaro Illustré et ses numéros spéciaux sur le cheval, la chasse, l'automobile), ou moins beau (Le Petit Journal et ses faits-divers tragiques). 

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    Les jeux du cirque modernes : trois morts et de nombreux blessés dans l'accident de Pernette et Contant le 8 octobre 1906. Les pilotes s'en tiraient l'un avec une oreille décollée, l'autre souffrant de simples contusions...

    Les "unes" des revues spécialisées (Omnia, La Vie Automobile) utilisent également la couleur en une et der, mais une seule (souvent un bleu pâle), dont l'intention commerciale paraît plus ou moins clandestine. La voiture - en général c'est une voiture - est présentée dans un cadre naturel, entourée de personnages à la mode du jour. Comme un instantané photographique, donc au plus proche de la vérité. L'artiste doit signer une composition chatoyante, colorée, mais où la voiture tenant la vedette doit être absolument reconnaissable par le "client-acheteur". De son côté, le "client-annonceur" est disposé à encourager l'art - c'est ce qu'on lui dit - mais il veut avant tout que sa voiture soit ressemblante. Il est d'ailleurs courant de retrouver la même illustration en couverture du catalogue de la marque.

    Une autre contrainte est celle du format des revues toutes plus hautes que larges (dites "à la française"). C'est pourquoi, dans 90 % des cas la voiture sur la couverture est présentée de 3/4 avant ou de face puisque la "signature" d'une automobile - c'est  très important - est le dessin de son radiateur. De profil, elle aurait été trop petite, noyée dans le décor. D'où cette impression répétitive quand on a l'occasion de feuilletter une collection de ces revues d'avant la Première guerre. 

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    De droite à gauche, l'évolution de la "une" entre 1906 et 1914 : profil, puis face et 3/4 avant des automobiles. Afin qu'on ne s'y trompe pas la marque est aussi visible en toutes lettres. 

     À côté des annonces publicitaires de la presse, des catalogues et prospectus, des cartes postales distribués lors d'expositions ou par des "hommes-sandwich" qui arpentent les rues, l'affiche est un autre moyen de faire connaître un produit. Ceci de façon presque "captive" car on se déplace énormément à pied dans les villes, malgré le développement des transports en commun. Tramways, omnibus LA MOTOCYCLETTE ET LES (beaux ou moins beaux) ARTS
    hippomobiles sont pratiques mais assez peu rapides. Le fiacre, le taxi automobile sont trop onéreux et la voiture individuelle à pétrole (voire électrique...) est un luxe extrême. Donc on marche, on marche, on s'arrête devant les spectacles gratuits qu'offre la rue et, pourquoi pas parmi ceux-ci, une affiche.

    Le Chalet du Cycle, ci-contre à droite, était le rendez-vous du tout-Paris cycliste, tricycliste et automobile (Affiche de René Péan).

    C'est Jules Chéret qui, dans les années 1860 a "inventé" l'affiche, d'abord pour le théâtre. Puis se sont créées des galeries spécialisées (1884) dans le commerce de ce nouveau support artistique. C'est là que l'on va retrouver les signatures d'artistes qui vont devenir célèbres dans le domaine de l'art pur (s'il existe...). Les Toulouse-Lautrec, Mucha, Steinlen, Roubille, Vallotton, Vuillard, Chéret, Robida et autres Forain apposeront leur nom sur des œuvres vantant aussi bien une absinthe qu'un papier à cigarettes, un "soulier vélocipédique", un cabaret parisien, une bicyclette, une ville d'eaux ou une... automobile. Parmi ces dernières se glissent quelques tricycles, puis des motocyclettes.

    Et c'est maintenant qu'apparaît la difficulté "artistique" : la représentation d'une mécanique bien plus complexe que celle de l'automobile. Ce n'était déjà pas facile avec la bicyclette puisqu'un Henri de Toulouse-Lautrec se verra refuser un projet au motif "ne sait pas dessiner correctement une bicyclette" !

    UNE NOUVELLE MACHINE QUI FAIT RIRE

    C'est par la caricature que la motocyclette, ou plutôt la BICYCLETTE À PÉTROLE fait irruption dans les "arts". Modeste présence - c'est la première recensée à ce jour - dans cet obscur journal grand format 30 x 50 (ci-dessous) qui publie en couverture un "portrait-charge" des deux hommes qui, chez nous, ont porté la Hildebrand & Wolfmüller sur les fonts baptismaux. D'origine allemande, elle a bien sûr été à demi-francisée en Duncan & Suberbie ou encore "Déesse" d'après les initiales des deux associés qui vendent déjà des bicyclettes sous cette marque.

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    Cette Duncan & Suberbie n'est qu'à demi-française car H.O. Duncan était sujet britannique. On le voit ci-dessous en compagnie de Louis Suberbie (le barbu), lequel lui dit : "Hein, si c'était sous la Commune ?", à quoi Duncan répond : "Ils n'auraient pu arrêter nous... ce bicyclette-là est trop vite !". Humour anglais ? Allusion à un évènement de l'époque qui nous est inconnu ? (La Commune datait déjà d'un quart-de-siècle). Cent dix ans plus tard, ce dialogue reste toujours aussi énigmatique... 

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    Ce numéro du Vélodrole est daté du 9 décembre 1894 alors que le Salon de Paris vient de s'ouvrir où l'on a vu pour la première fois cette machine en public ! Le Vélodrole n'avait pas perdu de temps, même si des dessins, aussi techniques que mystérieux pour un public ignorant, en avaient montré auparavant (dans l'hebdomadaire La Nature) quelques détails extraits des brevets.

        On remarquera que toutes ces premières informations ont été publiées dans la presse cycliste (La Bicyclette et Le Cycliste qui a repris un article du Vélo-Sport Suisse) ou vulgarisatrice (La Nature). Lorsqu'une revue plus huppée comme L'Illustration s'intéresse à la chose mécanisée, ce sera pour louanger le tricycle De Dion. Il est probable que cette reconnaissance s'adressait plutôt à la qualité du personnage mondain, et député, qu'était  Monsieur le Comte, qu'à ses travaux (et à ceux de MM. Bouton et Trépardoux). 

       Peu considérée, à part chez les sportifs (surtout cyclistes ?), la bicyclette à pétrole est traitée comme une curiosité scientifique, un passe-temps, au mieux une amusette destinée à disparaître. D'autant que son prix, environ 3 à 8 fois celui d'une bicyclette ordinaire, sa complexité et sa brutalité ne la destinent pas à connaître une grande diffusion.

    Cependant, comme tout ce qui est à la mode, elle devient vite un sujet "de société" que l'on exploite par les moyens de l'art populaire. L'assiette illustrée est l'un de ces moyens qui traite habituellement divers faits ou personnages - historiques souvent - sur un ton qui se veut humoristique.

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    La Hildebrand & Wolfmüller n'y échappe pas et sous le pinceau de Henri Gray, ci-dessus,  elle est représentée en conflit avec un cycliste qu'on appelait un "pédalard" par moquerie. (Cette assiette est une Sarreguemines authentique. Se méfier des copies, surtout si elle est au prix d'une vraie !). On retrouvera H. Gray (1858-1924) plus loin car il fut assez prolifique dans le domaine qui nous intéresse.

    De Henri Gray on connaît quantité d'affiches dont le train automobile Scotte (qui faisait le trajet Courbevois-Neuilly-Colombes) ; les pétroles Stella et Lucifer ; les cycles Phébus, Sirius, Brillant, Rudge-Whitworth (point de motocyclettes, hélas) ; le Casino de Boulogne sur Mer ; les Midland Railways (agence de Paris).

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     Mécanique toute nouvelle, la motocyclette se fraie donc une place entre la bicyclette et l'automobile. Elle garde les deux roues de l'une sans le decorum de l'autre qui nécessite obligatoirement la présence et les services d'un chauffeur, tel le célèbre Zélélé du comte de Dion. Ce qu'un dessinateur (signature indéchiffrable) tournera en dérision, montrant sur la pelouse de l'hippodrome de St-Cloud un chauffeur "chauffant de la pipe" dans une position improbable. De son côté, sa patronne, Sportwoman aux avantages trop plantureux pour être honnêtes, "chauffe" elle aussi... et échauffe surtout les spectateurs !   

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     Le cyclisme a du mal à oublier la moto et Stick remet le couvert en juin 1895 dans un nouveau numéro de son journal. Cette fois il se paye carrément la bobine des cyclistes. Il ridiculise l'un d'eux, incapable de lutter avec la bicyclette à pétrole.

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    À l'exemple de nombreux confrères éditeurs, Stick a cédé aux sirènes de la publicité plus ou moins "rédactionnelle" selon la formule du temps (et devenue la plus hypocrite mais respectable... "Publi-Information" ou "Publi-reportage" de nos jours). La légende qui figure tout en bas de la page est sans équivoque : "Le voilà bien le vrai tourisme ! Le tourisme commode, sans fatigue aux côtes, sans danger aux descentes, grâce à la bicyclette à pétrole Duncan et Suberbie".

    Plutôt savoureux de lire ça dans un journal voué au cyclisme !

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    La charge n'est pas très fine, pas plus que la qualité du dessin, mais on voit que l'auteur, lui, est meilleur qu'un Toulouse-Lautrec (sic)... car il sait dessiner aussi bien une bicyclette que la Déesse reconnaissable au premier coup d'œil par ses traits essentiels. Tout y est, depuis le réservoir-carburateur jusqu'aux "bielles", avec leurs sangles élastiques de retour, qui transmettaient le mouvement à la roue arrière.

    sarcastic

    NOUVEAU DÉPART SUR TROIS ROUES

    À la suite de l'Exposition de Paris de 1889 où furent présentés plusieurs types de moteurs fonctionnant à l'essence de pétrole, le comte de Dion décida d'abandonner ses différents véhicules fonctionnant avec des bouilloires à eau. Au terme de plusieurs années d'études et d'essais, était présenté en 1895 son fameux tricycle avec un moteur dit "à explosion". Sans trop tarder il fut immortalisé par une assiette qui fait la paire avec celle de la Duncan & Suberbie puisque réalisée par le même Henri Gray. Lequel met toujours dans ses compositions des cyclistes à la mine dépitée par cette nouvelle machine qui paraît évoluer sans efforts musculaires (en principe...). 

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    La musique aussi s'empare du thème à la mode et déjà sont évoqués les joies et les dangers du tricycle. Mais ces derniers sont peu de choses comparés à ceux qui sont provoqués par les autres moyens de transport dont les chevaux, de trait ou de loisir, qui sont 98 285 à circuler dans Paris.

    La cohabitation entre cyclistes et tricyclistes semble ne poser aucun problème en dehors de la capitale ainsi qu'en témoigne ce document dont voici le texte de présentation : "Couplets de La Revue Cycliste en 2 actes et 3 tableaux de MM. Marsoulier et Vibert - Jouée les 12 et 13 janvier 1899 à l'Institut. Musique arrangée et orchestrée par M. Deslauriers. Soirées offertes aux membres actifs et honoraires de l'Union Cycliste d'Orléans et à leurs invités) .

    Vifs remerciements au Collectosaure qui m'a transmis cet inestimable document. Une visite à sa boutique virtuelle http://stores.ebay.fr/LE-COLLECTOSAURE ne peut que vous enchanter !

    LA MOTOCYCLETTE ET LES (BEAUX) ARTS 

    CHANSON DU TRICYCLE À PÉTROLE 

    En campagne, comme à la ville, / Partout on ne peut le nier

    Règne en maître l'automobile, / Partout on la voit triompher

    C'est vraiment le sport à la mode / Et de l'avis d'ses détracteurs

    C'est tout de même plus commode / Que d'aller en chaise à porteurs.

    REFRAIN

    Il a beau s'emballer / Tout le monde en raffole 

    Et chacun veut aller / En tricycle à pétrole. 

    Près de vous à toute vitesse, / Quand il passe allègrement,

    Pour lui faire place on s'empresse / De se ranger, c'est plus prudent.

    Ça vous secoue un peu sans doute / Mais, aussitôt après dîner,

    Quand le chauffeur se met en route / Il est sûr de bien digérer.

    AU REFRAIN

    À côté de sa bicyclette / Hommes, femmes, enfants grands et petits

    Chacun aura sa voiturette / Dans vingt ans, je vous le prédis.

    Les marchands d'pompes, les libraires / Les chapeliers, les pharmaciens,

    Les journalistes, les notaires, / Tous nous serons mécaniciens.

     

    Nota : le 28 juillet 1900, l'Académie française allait décider que le mot "automobile " était du genre masculin... Quant à savoir ce qu'était un "marchand d'pompes"...

    oops

    Bicyclette à pétrole ou tricycle sont représentés dans une situation anecdotique, en général pour moquer les cyclistes et ils ont bénéficié jusqu'ici d'un traitement et de qualités artistiques disons... discutables. L'entrée en scène - et en fabrication - du tri De Dion change le décor. Littéralement parlant puisque les affiches de la marque qui, rappelons-le, sont placardées sur les murs des grandes villes, vont être signées d'un artiste de talent du nom de WILHIO.

    Lui aussi pratique la scène anecdotique, mais d'une façon plus élaborée que ces prédécesseurs, faisant intervenir les célèbres personnages de la commedia d'ell arte.  Arlequin s'enfuit avec Colombine au guidon du tri De Dion, ridiculisant les gendarmes à vélo et à cheval, donc incapables de rattraper  les fuyards.  À l'arrière-plan, Pierrot l'amoureux de Colombine se lamente, de même que l'aubergiste qui en sera pour ses frais.

    La scène est naïve mais traitée comme une véritable "peinture de chevalet" et composée comme telle avec des plans différents donnant de la profondeur et avec des couleurs en parfaite harmonie. La publicité De Dion-Bouton est en bonne place et située de façon discrète quoique toute naturelle : c'est l'affiche dans l'affiche, une composition plutôt moderne. En un coup d'œil on en a compris le sens, ce qui est le propre d'une affiche réussie et le sujet à vanter - le tricycle - est d'une représentation parfaitement reconnaissable. Enfin, ridiculiser la maréchaussée est apprécié depuis Guignol tandis que le décolleté de Colombine devait aussi allumer une petite lueur au fond de la rétine des messieurs...           

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     En balayant sur le ouèbe, on trouve à profusion des "posters" reproduisant les œuvres de Wilhio, en particulier des affiches réalisées pour le compte des automobiles De Dion-Bouton. Mais si l'on pousse la recherche sur le personnage de l'artiste lui-même, on tourne en rond. Rien sur sa carrière, pas même ses dates de naissance et mort. Cette affiche, qui fut également utilisée en hors-texte dans une revue (L'Illustration ? Le Figaro Illustré ?) est le seule exemple connu de son incursion dans le monde du trois-roues ou du deux-roues motorisé. Se peut-il que cette signature soit celle du pseudo d'un atelier ?. Quelque connaisseur en illustrateurs-affichistes de l'époque 1900 nous éclairerait.

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     De son côté, Adolphe Clément reste dans le classique-allégorique un peu guindé, même si, comme De Dion, il a fait appel à un célèbre artiste qui signait PAL. De son vrai nom Jean de Paleologue (1855-1942) était d'origine roumaine. Sa déesse de l'Industrie donne dans le genre presque guindé, malgré un sein découvert, et l'accent est autant mis sur le tricycle au premier plan que sur les usines (30 000 mètres carrés !) du richissime constructeur, installées en bords de Seine à Levallois.

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     Une machine aussi "futuriste" que le tricycle ne pouvait qu'exciter l'imagination d'Albert Robida. Il "croquera" l'engin à plusieurs reprises dans des illustrations composites sur les transports. Il illustra aussi "La Fin du cheval", un ouvrage du grand journaliste Pierre Giffard promoteur de la locomotion automobile. Mais, à l'exemple de son équivalent de la race chevaline, Robida a choisi de montrer que le cheval tricycliste pouvait avoir un comportement désagréable...

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    À l'intention du collectionneur qui ne voulait pas décoller des affiches la nuit par temps pluvieux (authentique !), l'Imprimerie Chaix édita "Les Maîtres de l'Affiche", une série mensuelle réunissant les plus belles d'entre elles reproduites en format réduit. Steinlen (ci-dessus) fut l'un des 97 artistes qui furent choisis entre 1895 et 1900 pour alimenter cette série de 256 affiches. D'origine suisse, mais travaillant en France, à Montmartre, Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923) collabora à de nombreux journaux "mal-pensants" dont L'Assiette au beurre est le plus célèbre et qui correspondait le plus à ses idées anarchistes. Cette luxuriante affiche des tricycles Comiot n'est pas dans la tonalité habituelle de ses nombreuses compositions. Celles-ci étaient plutôt inspirées par des scènes populaires de la rue ou du monde du travail (usines, mines), sans trop de bienveillance à l'égard de la bourgeoisie ni de sa police. 

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    Juliette Lockert, veuve de Louis Lockert fondateur de la revue Le Chauffeur, publia un  ouvrage réunissant les "portraits-charge" des grands hommes de la motorisation naissante. Le marquis de Dion y figure en bonne place avec les symboles de son activité. Assis sur la Chambre des députés où il siègeait à l'extrême-droite, il a dans ses bras une automobile et des épées, allusion aux nombreux duels que lui valurent ses opinions. Violemment antidreyfusard, il manifesta contre les expulsions des congrégations religieuses en 1903 au point que son attitude lui valut une arrestation.

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    En médaillon, en boutons de manchettes, sur un sifflet d'enfant et sur bien d'autres objets inattendus (outre les assiettes), le tricycle est à la mode. Un modèle de course à guidon surbaissé autant que son pilote orne cette montre de gousset en argent bien patinée par l'usage. Plus tard, la moto recevra ce genre d'hommage, en particulier une montre vendue sur catalogue par la célèbre Manufrance de St-Étienne. L'argent n'était plus que du métal ordinaire, mais le motif décoratif, donc l'essentiel, subsistait. 

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    Moins flamboyant que son patron-associé, Georges Bouton (1847-1938) a lui aussi été portraituré dans l'album de Juliette Lockert. Juste hommage à celui qui est trop souvent en retrait dans l'épopée de l'automobilisme. C'était pourtant lui le technicien...  L'artiste qui a signé plusieurs des portraits de la série Lockert est Maurice Millière (1871-1946) qui sera plus tard célèbre pour ses "petites femmes", légères et court vêtues, mais toujours rousses.

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    La maison de "Bibendum" bâtie en 1911 à Londres est un grand édifice de style mi-art nouveau, mi-art déco que l'on doit à Françoise Espinasse, chargée du département de la construction à Clermont-Ferrand. On y a abondamment utilisé la céramique à l'extérieur et à l'intérieur où de grands panneaux colorés retracent les principales victoires sportives des véhicules montés sur pneus Michelin. Le tricycle De Dion, y est à l'honneur dont les Auvergnats avaient acheté deux des premiers modèles en 1896 pour démontrer la valeur de leurs pneumatiques dans Paris-Marseille-Paris. Sur un panneau du même genre (qui ne sont pas signés), la moto est représentée par Bucquet sur Werner, vainqueur dans Paris-Vienne 1902.

     Pour "visiter" les lieux, rendez-vous sur http://architurist.blogspot.fr/2014_02_01_archive.html

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     Où l'on retrouve l'inévitable Henri Gray qui a prêté son talent à un "multimarques" lyonnais représentant le tri De Dion, toujours aux mains d'une femme. La présence du rival à trois roues Léon Bollée n'avait pas l'air de poser de cas de conscience, ni à De Dion, ni à Bollée, lequel appelait d'ailleurs "voiturette" sa machine. Vous imaginez aujourd'hui un motoriste exposant dans ses vitrines, tiens, au hasard... une B.M.W. avec une japonaise à côté ? Aux dernières nouvelles, le problème serait identique dans le réseau Honda...

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    En manière d'à suivre... , une composition d'un autre "maître de l'affiche", qui signait Misti (ne pas confondre avec la moderne "tagueuse" Miss Tic). Ferdinand Mifliez (1865-1922) réalisa quantité d'affiches publicitaires dont, pour les machines à moteur : Hurtu, Gladiator, Alcyon, Clément, Cottereau, Clément-Panhard, Humber-Beeston, etc. On remarque que pour cette De Dion il a choisi lui aussi un angle qui met en valeur les arrières du tri et celui de la conductrice, mais...  

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    ... on peut se demander qui a commencé le premier au vu de cette illustration d'Henri Gray (encore lui) qui ornait  la couverture d'un numéro "Spécial De Dion-Bouton" de La France Automobile (document déjà publié, je sais).

    (À SUIVRE)

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  • Commentaires

    1
    Nassiet
    Dimanche 31 Mai 2015 à 22:37
    Bonjour. Je voudrais savoir si vous avez la preuve que l'image de Wilhio a effectivement été publiée sous forme d'affiche ou d'annonce de presse. Elle est décrite comme une petite "huile sur toile" (28x28 cm) par Gilles Néret, L'art, la femme et l'automobile, 1989 p. 140). Ce thème, un flagrant délit d'adultère qui finit à l'avantage des amants, me paraît trop osé. Très cordialement
    2
    Lundi 1er Juin 2015 à 09:37

    Je possède le tirage à part sur papier de cette scène, ce que vous appelez sans doute "une annonce de presse". Autant qu'il m'en souvienne c'était un encart dans un numéro spécial, quasiment un album, du Figaro sur l'automobile que j'ai acquis il y a fort longtemps.

    Il n'y a rien d'exceptionnel à ce que le document original ait été un classique tableau "huile sur toile". Encore faudrait-il être certain que cette huile n'a pas été inspirée par une affiche pré-existante... Autre énigme, la dimension 28 x 28 ne correspond pas à celle du document en question.

    En ce qui concerne le caractère "osé" de la scène, n'oublions pas le succès des pièces d'un Georges Feydeau (1862-1921) dont le moteur fut souvent l'adultère. 

    3
    Petr
    Jeudi 17 Mars 2016 à 15:26

    That Wilhio - nobody knows his real name, he did shortly round 1900 3 other posters for de Dion-Bouton and one for Zim Strock bikes, and some magazine illustrations

      • Jeudi 17 Mars 2016 à 20:35

        I knew this mystery about Wilhio but nothing else...

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