• Quand la moto française se vendait à l'étranger (2)

    À part le coup d'éclat de 1907 dans le T.T, effectué peut-être à son corps défendant ("à l'insu de son plein gré", dirions-nous aujourd'hui),la marque Peugeot - en titre - est plus que discrète sur le marché motocycliste d'Albion. Ses moteurs, monos et bicylindres, ont motorisé des Norton qui firent aussi appel, outre Clément, à ceux de Moto Rêve et (peut-être) Motosacoche, les deux marques suisses dont Norton était l'un des agents. Leur diffusion reste néanmoins un mystère car comme l'écrit Mick Woollett (*) le plus fiable des historiens de la marque, dans son ouvrage de référence : "Combien de ces machines furent réellement fabriquées et, le plus important, combien d'entre elles furent vendues, nous ne le savons tout simplement pas". À ce jour il n'existe qu'une monocylindre dans la collection de Sammy Miller.

    (*) "Norton - The Complete Illustrated History" - Voir sur Motorbooks.com)

    Quand la moto française se vendait à l'étranger (2)

    Cette rare et peut-être unique photo de la Norton-Peugeot (musée Sammy Miller) se trouve sous la signature de David Henshaw. Curieux de tout, il a accumulé des documents divers sur la Grande-Bretagne dont, évidemment les Norton. Il a aussi immortalisé l'appareil ci-dessous qui orne les lmurs d'un musée consacré à la marine à vapeur. Ce qui prouve que rien des activités des Britanniques, même les plus intimes, n'échappait à l'œil vigilant de la royauté... (on retrouve tous les travaux de David Henshaw sur : digidiverdave)

    Quand la moto française se vendait à l'étranger (2)

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    Après les années de gestation, les constructeurs d'Outre-Manche s'orientent principalement vers la motocyclette d'usage pratique et économique. Elle doit remplacer le cheval qui est intensément utilisé dans un pays arcbouté sur les successives obligations du "red flag act". La plus rétrograde de celles-ci étant l'obligation pour tout véhicule motorisé se déplaçant sur la voie publique d'être précédé par un piéton porteur d'un drapeau rouge ou d'une lanterne la nuit... La suppression de cet "act" en 1896 est depuis célébrée par le Pioneer Run (Londres-Brighton) automobile et motocycliste. Il s'est dit aussi que les grands groupes financiers attachés au développement d'un fructueux réseau ferroviaire ne voyaient pas d'un bon œil l'arrivée d'un moyen de transport motorisé et plus ou moins individuel.

    LA FRANCE EN BONNE PLACE

    La presse britannique de l'époque publiait abondamment des informations sur l'activité technique ou sportive dans les pays européens. Sur l'Allemagne, sur l'Italie, la Belgique mais tout spécialement sur ce qui se passait en France, qui était alors une sorte d'avant-garde dans ce domaine. D'autant plus que notre pays était à l'initiative des plus grandes compétitions motorisées alors qu'en Angleterre celles-ci étaient interdites sur toutes les routes du Royaume (d'où le T.T. sur l'Ile de Man, territoire bénéficiant d'une certaine autonomie). C'est pourtant dans ce pays qu'est né le slogan "Competition improves the breed" (la compétition améliore la race), mais il ne s'appliquait qu'à la race chevaline, pas motocycliste !

    Cependant, comme on sait, le retard de l'Angleterre va être comblé à marches forcées par la suite, tandis que l'industrie française piétine et s'endort malgré quelques réalisations "inspirées" telles la bicylindre 4 soupapes de... Peugeot en 1914 .  

    UN RECORD DU MONDE PEU EXPLOITÉ 

    Cette mécanique sophistiquée a été précédée par une autre de 1904, bien moins "moderne" mais pas moins impressionnante, au point d'être illustrée Outre-Manche dans The Motor, l'hebdomadaire qui couvre tous les sports mécaniques. 

    Quand la moto française se vendait à l'étranger (2)

     La machine présentée ici au pesage est la Peugeot de Cissac, identique à celle de Vincenzo Lanfranchi qui la mènera à 123,287 km/h sur le kilomètre lancé, le 3 octobre à Dourdan. Ce record du monde battait celui établi précédemment par Olieslager (Minerva). L'énorme Peugeot bicylindre en V de 1500 cm3 (92 mm d'alésage x 112 x 2) fonctionnait avec des soupapes automatiques à l'admission et ses cylindres à peine ailettés aidaient à maintenir la machine complète dans les limites de la catégorie 50 kilos (27 kg pour le moteur seul...). 

    Quand la moto française se vendait à l'étranger (2)

    Cette exceptionnelle performance est l'occasion d'une publicité tout autant exceptionnelle de Peugeot dans la presse. En effet et sauf erreur, c'est la seule qui sera jamais publiée de toute l'année 1904 dans The Motor, revue déjà citée. Publication bien modeste sur 1/4 de page, sans rapport avec la puissance économique de la firme française. Et encore est-elle le fait de l'agent britannique, pas de la marque. Cette frilosité est en mettre en regard des pleines pages que passent régulièrement les usines Minerva, F.N. et autres Kelecom, ces constructeurs belges qui connaissent les effets de la publicité sur l'exportation...

    Cette Peugeot - du moins l'une d'elles puisqu'à Dourdan il y en avait plusieurs - connaîtra une suite (et fin ?) de carrière... aux États-Unis !  On la retrouve en effet et en photo dans "The American Motorcycles - 1869-1914", superbe ouvrage de Stephen Wright, l'un des rares auteurs américains à s'intéresser aux origines motocyclistes de son pays.

    Quand la moto française se vendait à l'étranger (2)

    Selon la légende de cette photo présentée par S. Wright, la scène se passe à Daytona en 1909 pour les tentative de records annuels. Les personnages sont ceux de l'équipe Indian emmenée par Oscar Hedstrom, l'un des fondateurs de la marque (de face, à gauche). Il devait être au courant de l'actualité sportive française, donc du record de Lanfranchi, car lui-même avait débuté dans la motorisation au début des années 1900 en construisant un tandem d'entraînement à moteur De Dion qui fit merveille. À Daytona il pilota la twin en V Peugeot, atteignant 128 km/h sur le mile lancé. Elle avait donc gagné quelques kilomètres/heure par rapport à sa performance de Dourdan, mais dans la même journée, une Indian 1000 atteignait 138,600 km/h...

    Quand la moto française se vendait à l'étranger (2)

    Sur le site theoldmotor.com (un restaurateur américain de voitures anciennes), on trouve ce document qui est un agrandissement évident de la photo du livre de Wright. On n'a pas de mal à reconnaître un moteur Peugeot "type Dourdan", ce qui n'est dit ni par Wright ni par le site qui a "pompé" sa photo sans signaler sa provenance. Ce moteur a été installé dans un cadre différent, plus bas et plus court, de type berceau ouvert et fixé par des platines à trous-trous nombreux. La transmission par chaîne est aussi une modification. Peut-être ce moteur provient-il de l'une des machines qui furent proposées au catalogue Peugeot de 1905, mais jamais ensuite. Aucune d'entre elles, ni même un moteur, ne semble avoir survécu sur une rive ou l'autre de l'Atlantique. Il faudrait chercher aussi du côté des plus lourds que l'air car Santos-Dumont en utilisa un lui aussi sur l'un de ses nombreux aéronefs (le n° 2 ?). Cependant, pour nous faire patienter un fou de mécanique en mal de reconstitution aurait là de quoi s'occuper...

    (Pour plus tard ou avant : d'autres françaises nord-américaines)

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 5 Octobre 2014 à 21:45
    pete via OcchioLungo

    Steve Wright was a great author and a great man as you mentioned, but he wasn't American, but British.  He moved to California quite a while ago though, so we could consider him one of "ours" I suppose.  :)  He passed away earlier this year.  RIP Steve.

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