Même pendant la guerre, on trouve matière à s'amuser, mais ça se passe plutôt à l'arrière du front. Petite récolte de photos et dessins plus ou moins drôles, une bouffée d'air frais qui provoque le sourire comme celui de ces quatre Tommies œuvrant "Quelque part en France" et empilés sur une Douglas.
Un saut vertigineux dans l'espace-temps nous ramène à 2015 où "La Grande Guerre de Charlie" est une évocation en bande dessinée du conflit vu du côté britannique (8 albums parus à ce jour - 10 prévus chez labeldelirium.com). C'est écrit par Pat Mills et mis en images par Joe Colquhoun dans un style très réaliste, presque photographique tant les détails des armes, des uniformes, des tanks, des avions, des navires sont précis. Preuve en est avec cet extrait qui met en scène une Douglas (encore !).

Dans les usines, la main d'œuvre manque car les hommes sont au front, alors les femmes prennent leur place. Madame en salopette et casquette part au travail, laissant leur gamine aux bons soins du mari réformé ou malade. Pour le droit de vote, elle attendra 1944 !
Lorsque l'on n'est pas en service, la motocyclette a aussi quelques avantages. On peut jouer de son prestige auprès des "personnes du beau sexe", même si on ne dispose que d'une bien paisible Peugeot type "Paris-Nice", bicylindre en V à soupapes latérales.
La dure réalité ne désarme pas l'humour britannique exprimé par ce dessin postérieur à la guerre, mais tellement exact, avec cette ironique pancarte "Roulez lentement pour ne pas soulever la poussière". La machine est l'omniprésente Triumph H.
De l'autre côté du Rhin la guerre engendre une imagerie qui laisse perplexe. Si l'on comprend bien la signification de ce motocycliste qui vient d'enlever un gradé russe (ainsi que son tonnelet de vodka), après avoir éliminé son poursuivant à cheval...
... cette autre carte postale à vocation publicitaire (Pneumatiques Excelsior) du même auteur, renforce la détestable réputation du soldat allemand en pays conquis : pillard et gros mangeur de cochonnailles. Pas vraiment valorisant... Mais il est bien connu que l'humour n'est pas la chose la mieux partagée du monde.
---------- UNE CURIOSITÉ ----------
L'air de famille entre ces deux grandes illustrations (ci-dessus et ci-dessous) n'est pas fortuit car c'est le même artiste qui les a signées. Plus encore, il s'est copié lui-même ! Au dessus, c'est un cadrage serré de la scène entière publiée sur une double-page de l'hebdomadaire sportif La Vie au Grand Air du 12 mai 1905 et reproduite ci-dessous à
droite. L'auteur en est Jacques Camoreyt et elle était accompagnée par un texte que voici : "Limitant la force des moteurs, les organisateurs du 'Tour de France des Motocyclettes' en on fait une épreuve réellement sportive. Le vainqueur sera certainement l'homme qui aura su tirer le meilleur parti de sa machine, qui lui aura fait rendre le maximum, tout en la ménageant, malgré les difficultés de la route et la fièvre de la lutte". (Nota : La Vie au Grand Air n'était pas une revue naturiste...).
L'art de recycler une image
Saisi comme beaucoup par une autre fièvre, patriotique celle-ci, Jacques Carmoreyt a repris son œuvre en 1915 sans avoir beaucoup de choses à changer. Quelques touches dans le paysage où il a fallu travailler les ombres et surtout dramatiser en plaçant des tireurs allemands. Les deux motos sont fidèles à leur modèle tandis que le plus visible du travail - quoique léger - a été de transformer les coureurs "d'origine" en soldats. Pour ce faire, il a suffi d'ajouter un fusil à l'un, à l'autre une couverture roulée en bandoulière, plus képis et leggins en cuir à tous les deux. La différence de qualité entre les gravures s'explique par la qualité du papier et de l'impression off-set de La Vie au Grand Air, alors que la seconde version, parue en 1915 dans La Guerre Documentée n° 9 a été imprimée sur un support assez médiocre (économie de guerre oblige !). Enfin, il est probable que la scène de 1905 est une aquarelle tandis que celle de 1915 est traitée à la plume et au fusain.
John Bull et Marianne roulent vers la VICTOIRE, mais la guerre est loin d'être terminée et les cimetières accueilleront encore des centaines de milliers de sujets de Sa Majesté.
(À suivre)