Si vous ne regardez que le Journal de Jean-Pierre Pernaut sur TF 1, si vous ne lisez que "Le Chasseur Français", si vous n'écoutez que les "Grosses Têtes" à la radio, si Bigard vous fait rire, alors il y a peu de chance que le nom de Robert Capa vous soit familier. Pourtant, à un moment ou à un autre, vous avez croisé son chemin. Plus précisément sa "trace", ou ses traces, car on en trouve dans des milliers de revues, journaux ou livres depuis 1934 et aujourd'hui sur le vouèbe. "Reporters sans Frontières" l'honore avec sa publication annuelle (9,90 € en librairie et marchands de journaux) qui rassemble une centaine de photos dont la plus célèbre que voici...
"Mort d'un républicain espagnol" (Guerre d'Espagne - 1936).
Dans le Vercors, une moto (Peugeot ?) pour quatre (octobre 1944).
Classé parmi les photographes "humanistes" (Doisneau, Brassaï, Willy Ronis, Sabine Weiss entre autres), Robert Capa est surtout connu pour ses reportages de guerre mais il savait poser l'œil sur les aspects pittoresques de l'univers où la moto a eu une petite place.
Il travailla aussi épisodiquement pour la mode ou les sports. C'est pourquoi on le voit ici sur le tan-sad d'une Terrot pendant le Tour de France (1939).
En 1933, il était en Espagne aux côtés des républicains (prière de ne pas confondre...) en lutte contre le coup d'État d'un certain Francisco Franco. Ayant fui sa Hongrie natale tombée sous la coupe autoritaire de l'amiral Horthy pour se réfugier en Allemagne, Capa avait dû fuir à nouveau en France devant les persécutions antisémites des nazis. En Espagne, il ne pouvait se retrouver ailleurs que chez les républicains qui affrontaient des troupes soutenues par l'Allemagne de Hitler et les 90 000 volontaires fascistes de Mussolini. Exilée comme lui et pour des raisons semblables, la jeune Gerda Taro, a quitté la Pologne pour Paris où Capa devient son amant. Elle part avec lui en Espagne d'où ils signent ensemble des reportages pour le magazine VU.
Gerda Taro à Paris en compagnie de Robert Capa. La jeune femme mourra en 1937, écrasée accidentellement par un char républicain. Grand séducteur, Capa aura vers 1945 une liaison amoureuse avec... Ingrid Bergman.
On savait qu'il existait des négatifs de reportages de Capa qui avaient disparu. On les pensait perdus à jamais jusqu'à la découverte au Mexique d'une valise contenant trois boîtes de rouleaux de films 24 x 36, soit 4500 négatifs. Étaient rassemblés là des travaux de Capa, de Gerda Taro ainsi que de "Chim" (David Seymour), tous photographes "engagés" dans cette guerre qui préludait à la tragédie planétaire.
Dans cette "valise mexicaine" figure une photo d'un républicain sur sa Harley (ci-dessus), photo attribuée à Gerda Taro. L'homme scrute le ciel, craignant un bombardement aérien. Plus de 600 avions allemands formant la Légion Condor furent engagés en Espagne pour
soutenir Franco. À leur "actif", la destruction du village basque de Guernica en 1937 qui inspira le tableau > de Picasso et fit découvrir au monde entier l'implication nazie dans le conflit espagnol. L'Italie fasciste n'était pas en reste, fournissant 90 000 volontaires avec 900 avions et 950 chars. La Russie soviétique envoya aux républicains des armes et du matériel ainsi que des commissaires politiques qui se chargèrent de "faire le ménage" parmi les dissidents trotskistes ou autres indociles trop peu enclins à suivre les directives du "grand frère".
Réfugié aux États-Unis durant la guerre, Capa couvre le débarquement de Normandie puis la libération de Paris. Point de motos alors sauf, en cherchant bien, un sidecar René Gillet occupé par une jeune femme conduite par un policier (ami lecteur, sauras-tu les trouver ?).
En 1954, Robert Capa est envoyé par Life en Indochine pour couvrir la fin de cette guerre (Photo mai 1954 - détail). C'est là qu'il trouve la mort en sautant sur une mine en suivant une opération dans le delta du Fleuve Rouge. Il avait 40 ans.
L'une de ses dernières photos en mai 1954...
†
Avec Henri Cartier-Bresson, 'Chim', George Rodger et William Vandivert, Robert Capa a fondé en 1947 l'agence photographique MAGNUM afin de protéger les droits des photographes auprès des éditeurs de journaux et magazines.
(Toutes les photos de cet article sont © Magnum)
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