Les frères Malenotti avaient racheté Belstaff et ils ont refait des vêtements Belstaff pour la moto. En apprenant en 2012 qu'ils s'étaient aussi offert Matchless, on pouvait raisonnablement penser que c'était pour faire renaître de nouvelles motos.
Annonçant une collection de vêtements siglés Matchless au Festival de Cannes 2014, les deux Italiens avaient eu le bon goût d'organiser une petite sauterie avec des vedettes présentes au Festival autour de quelques boissons. Et autour d'une authentique Matchless de derrière les fagots, une twin 650 G12 CS des années 60, histoire d'en faire des photos en compagnie de stars de l'écran comme ici Arnold "Terminator" Schwarzy.
Pour la bonne cause (la leur), ils ont aussi invité Rosario Dawson qui a joué dans "Men in black II", encadrée ici par Manuele Malenotti (à gauche) et son frère Michele. Des débuts qui en vaudraient bien d'autres, autorisant tous les espoirs, sauf que...
... ce "circus" mondain a accouché d'une véritable horreur esthétique et mécanique présentée au Salon de Milan ! Autour d'un moteur culbuté 1916 cm3 à boîte séparée S & S (Smith & Stankos), spécialiste américain du bicylindre en V, un cadre en "lamellé" reçoit une oscillante arrière avec monoamortisseur sous le carter. La fourche avant, qualifiée de "Type Castle" (pour ne pas dire "Type Harley") se veut rétro grâce à un coquetterie laissant voir les ressorts de suspension émaillés en rouge... En rouge également l'étrier de frein avant qui pince un seul disque par ses 12 (douze !) pistons. Six pistons seulement au disque arrière (radinerie inexplicable).
Autre "innovation" selon le descriptif charabiesque présentant cette Matchless X Reloaded (vu le clin d'œil au film ?), le guidon peut se régler afin de permettre d'adopter une position touriste ou plutôt sportive. Certains d'entre vous reconnaîtront sans doute ici le Bottelin-Dumoulin qui améliorait tant les bécanes de leurs débuts.
Aux jeunes couches qui n'ont pas connu cet heureux temps, voici ce qu'est un guidon Bottelin-Dumoulin multipositions qui date tout de même de presque un demi-siècle, faut-il le préciser (trouvé sur http://suzukigt.clictopic.net )
Afin de favoriser les deux positions (celles du pilote), les commandes au pied sont doubles, l'une vers l'avant étant carrément "chopper". En position touriste, on remarque que le gros cornet d'admission tombe pile sous le mollet du pilote. Ah ! que c'est beau l'innovation !
Et on arrive finalement au but essentiel de ces diverses opérations de marketing : les VÊTEMENTS MATCHLESS ! Très beaux et de bonne qualité, on l'espère vu leur prix...
Osborne... Kensington... Silverstone... on racle tout ce qui peut accréditer et légitimer une fiction d'origine britannique pour des produits transalpins.
Mais qu'aurait pensé Harry Collier, l'un des fondateurs de Matchless, de ces galopins qui tentent de se faire du gros pognon sur l'héritage qu'ils ont laissé, lui et son frère Charlie ?
Matchless d'aujourd'hui a récupéré quantité d'archives de la maison-mère, dont des catalogues et des photos d'époque. Sur celle-ci, les Frères Collier posent en 1904 lors d'une course sur vélodrome à Londres (le moteur est un De Dion licence M.M.C. et la date serait plutôt 1903). Mais ça n'a guère inspiré le "créateur" de la version X Reloaded qui n'a d'ailleurs - semble-t-il - pas signé son forfait. Le remords, peut-être...