• Carte postale de vacances : trois dans un tri

    Vacances à trois en tri

    BIEN MIEUX que "Trois hommes et un couffin", c'est l'épopée de trois copains parisiens bien décidés à aller voir la mer. Par la route et avec un engin motorisé. Ça se passe en 1951, et on roule alors avec ce qu'on trouve. Pour ces aventuriers ce sera un triporteur Juéry, placide quoique très bruyant véhicule de livraison. Il est motorisé d'origine par un bon vieux latéral de 500 cm3 de la marque L.M.P., accouplé à une boîte Staub à trois vitesses et marche arrière. Mais le leur a été modifié et arbore un 350 Terrot guère plus moderne quoique toujours à soupapes latérales.

    Vacances à trois en tri

     

    Dans cette greffe, le Juéry a perdu son refroidissement par un ventilateur protégé par une grille circulaire et fixé sur le côté du moteur (à gauche ou à droite selon les modèles et le millésime). Si vous trouvez un jour un moteur quatre-temps L.M.P. orphelin de sa moto, un indice vous indiquera si c'est un moteur provenant d'un triporteur : la culasse a des ailettes transversales, dans le sens du courant d'air provoqué par le ventilo...

    Grandes vacances à trois dans un tri

     L'essieu avant est monté sur cheville ouvrière si bien que dans un virage, toute la caisse se déplace. Et si le virage est aigu, gros succès auprès des populations car le conducteur doit maintenir à deux mains la branche intérieure du guidon qui fait dans les 80 cm de largeur ! C'est qu'il fallait bien ça pour maîtriser la bête...

    Grandes vacances à trois dans un tri 

    La lumière rasante trahit l'atmosphère d'un réveil au petit matin. Les carrosseries "ouvertes" comme celle-ci "peuvent être livrées sans supplément avec panneau avant s'abattant" précisait le catalogue, ce qui augmentait d'autant la superficie disponible pour la... literie.

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     Le tendelet protégeant le chauffeur-conducteur était un "accessoire" de série de même que la roue de secours "garnie". Une seule manette, celle des gaz, encombre le guidon car le freinage "couplé sur les trois roues, le seul assurant la sécurité nécessaire" était commandé par une pédale au pied droit, le pied gauche assurant l'embrayage.

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    L'AVENTURE ne serait rien sans les péripéties inattendues notées sur le trajet en 8 étapes dessiné dans le dossier des photos qui retracent ces journées. Malheureusement, le sens de "circulation" ne nous est pas indiqué. Si bien qu'on ne sait pas s'ils ont foncé vers l'Océan en deux longues étapes et une plus courte en pays breton, ou si ce trajet plus direct a été celui du retour. Auquel cas, ils auraient connu leurs premiers ennuis au début de leur entreprise. Le carburateur fait des siennes à Fontainebleau, crevaison à Montargis, allumage défaillant (bougie), puis problèmes de garde-boue (photo ci-dessus) peu après Orléans. Ce qui les incite à faire étape malgré le peu de kilomètres parcourus.

    Ce qui est tout relatif car en 1951, plus de 100 km, c'était déjà un voyage, surtout avec un engin qui devait avoir du mal à atteindre les 40/50 km/h. La suite est un peu plus calme avec étape à Amboise, mais une soupape cède à Angers. C'est ensuite le grand tour en Bretagne. En trois étapes dont une à Pornic fournit l'occasion d'une "soudure" dont la nature restera un secret pour nous. Sans doute peu importante puisqu'elle n'a pas entravé la suite du voyage (tout ceci est à lire... à l'envers si le sens de circulation est différent).

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    Le châssis Juéry est en tube et tôle emboutie dans la partie avant. La caisse est en contreplaqué sur un bâti "en bois dur" et tôlé extérieurement. Tous les modèles "lourds" sont montés avec des roues pleines alors que les 175 deux-temps (moteurs L.M.P. boîte 2 vitesses) reçoivent de classiques roues à rayons suffisantes pour supporter leurs 125 kilos de charge utile contre les 400 kilos (!) acceptés par les "grandes".

    Grandes vacances à trois dans un tri

    Plaque du constructeur piquée sur le site de Tontonvélo

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    Bien qu'assez peu "glamour", le triporteur a eu sa place à l'écran, en particulier dans "Paris chante toujours" (1951). Clément Duhour en est la vedette qui doit, pour hériter d'un vieil oncle, récolter un maximum d'autographes de chanteurs célèbres. Prétexte à filmer Yves Montand, Luis Mariano, Georges Guétary, Line Renaud et d'autres. C'est peut-être son passage chez l'épicerie Félix Potin dans sa jeunesse qui vaut à Clément Duhour de se retrouver au guidon de ce Juéry (ou Blotto ?). Ce genre de véhicule était beaucoup utilisé par cette maison pour ses livraisons (Image IMDB.com). Dans ce même film figure un gros contingent de René Gillet policières. On ne confondra pas ce triporteur avec celui emmené par Darry Cowl dans le film "Le Triporteur", car il s'agissait alors d'un modèle à pédales (provenant aussi de chez Juéry, semble t-il).

    LE CHANGEMENT du L.M.P. d'origine des Juéry pour une autre motorisation a donné des réalisations originales dont la plus spectaculaire est sans conteste celle-ci pour les glaces MIKO à St-Dizier. Elle est signée Vidal Ortiz, membre de la famille des fondateurs de l'entreprise en 1921. Non vous ne rêvez pas, cet engin ne doit rien à Photoshop. C'est une guerrière Zündapp KS 750 qui s'est retrouvée - moins son train avant - à véhiculer les célèbres douceurs rafraîchissantes "C'est MIKO qu'il vous faut !".

    Carte postale de vacances : trois dans un tri

    Il existe un musée chez Miko à St-Dizier où cet ensemble est probablement exposé, mais cette photo vient de http://passion-3-roues.centerblog.net/rub-rubrique-triporteur--2.html qui, comme le nom l'indique, est consacré au trois roues sous toutes ses formes.

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  • Commentaires

    1
    Liaan
    Vendredi 11 Septembre 2015 à 14:05

    Ce serait plus " Trois hommes dans un bateau " de Jérôme K.Jérôme, pour faire une comparaison avec le titre.

    2
    Liaan
    Vendredi 11 Septembre 2015 à 20:28

    Si ce sont des "Parisiens", logiquement, ces trois hommes ont dû descendre d'abord vers le sud, vers Orléans, et suivre la Loire tranquillement, pour rejoindre la mer. Et ils sont revenus à Paris par la Nationale 12. C'est ce que j'aurais fait à leur place.

    3
    Vendredi 11 Septembre 2015 à 20:51

    Liaan

    OK pour "Trois hommes dans un bateau" que j'avais oublié. Pourtant j'ai bien ri avec toute la classe moi lorsque le prof' d'anglais du Cours complémentaire à Meudon nous en lisait quelques extraits dans les années... d'il y a longtemps !

    À propos du trajet, les "Parisiens" de l'époque n'avaient peut-être pas les mêmes motivations que nous. Mais d'est en ouest ou inversement, l'aventure reste plaisante.  

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