• Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    TOUT D'ABORD une rectification qui, justement, concerne le deux-temps. Dans un précédent article sur ce Bol 1923, j'ai écrit que le C.S.V. de Marcel Violet était engagé mais n'avait pas couru. C'était une erreur car on retrouve dans les classements le scooter C.S.V. (Compagnie des Scooters Violet ?) du célèbre ingénieur spécialiste en beaucoup de choses diverses (son eau "dynamisée"), ce qui en fait un digne descendant de Georgia Knap.

    Bol 1923 : l'émergence du deux-temps

    Jusqu'à plus ample informé, voici l'unique document représentant la machine de Violet vue ici lors de la Coupe des 100 kilomètres disputée le 3 juin 1923 sur le circuit de Chanteloup-Triel. Le scooter à grandes roues a ainsi trouvé son défenseur qui était d'ailleurs le seul de sa catégorie dans cette épreuve. Engagé avec les 125 au Bol d'or, il a terminé 10ème sur 11 classés avec 119 points de pénalisations. Sans aucune description technique, on en est réduit aux hypothèses concernant cette machine. Entre autres une suspension arrière oscillante sur ressorts à lames dans un montage rappelant le Vélauto (Monet-Goyon) comme l'aspect général de ce C.S.V.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Dans la catégorie des 125 cm3, et bien que contraints de respecter une moyenne imposée de 38 km/h, les Rovin ont fait carton plein. Emmenées par le marquis Raoul Pégulu de Rovin soi-même, trois de ses machines terminent en tête avec 0 pénalisation.  

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout de son nez

    Tous les pilotes sont donc ex-œquos, mais Barthélémy n° 21 favorisé par l'ordre alphabétique figure en premier sur les classements. Il est probable qu'il a aussi reçu la bise au vainqueur de la part de la "Miss" de service bien esseulée dans cette ambiance masculine (Photo BNF - Gallica). Avec Lézin, Barthélémy est l'un des fidèles de Rovin à qui il a apporté nombre de records de vitesse, y compris en catégorie 100 Mondiale pour laquelle il n'y a pas encore vraiment de concurrence.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout de son nez

    L'équipe des Rovin à l'arrivée avec bouquets et visages un peu marqués : de gauche à droite, Barthélémy, Lézin et M. le Marquis himself qui courait sous le simple nom républicain de "Raoul" (Photo BNF - Gallica).

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout de son nez

    Bien en phase avec son époque, Raoul de Rovin modulait sa publicité en fonction du public auquel il s'adressait. Dans les revues spécialisées, il mettait l'accent sur les performances et les caractéristiques de ses machines. Dans la presse généraliste dite "de qualité" telle L'Illustration (à droite), ou celle plus populaire comme Lectures pour tous (à gauche), c'est l'élégance féminine qui était censée mettre en valeur ses mécaniques au demeurant connues pour leur finition exemplaire.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout de son nez

    Dans un registre moins flamboyant, Chéret a lui aussi terminé avec un score vierge sur sa Mascotte P.S. (Photo BNF - Gallica). Signée de Poinsard, financée par Sivigny, la Mascotte est un deux-temps monovitesse capable de belles performances en vitesse pure. Le 9 septembre suivant, le même Chéret atteindra 85,328 km/h dans les tentatives au Bois de Boulogne, Allée des Acacias (!), mais l'éternel rival Rovin avait signé avant lui un sidérant 91,521 km/h grâce à Lézin qui ne pilotait qu'un 100 cm3 ! Pourtant, la Mascotte était bien gavée ce jour-là... par trois carburateurs...

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Née avec une transmission par courroie directe, la Mascotte "Standard" pouvait recevoir un embrayage à segment extensible moyennant un supplément de 95 F s'ajoutant au prix de base de 1750 F. Au Salon de Paris 1923 elle est présentée avec chaîne finale et amortisseur dans le moyeu arrière, c'est la "Luxe" à 1850 F (embrayage en option : 95 F). Auréolée de son titre de "Championne de France" (Tourisme 125), garantie pour 65 km à l'heure, elle est de 140 plus chère que la "Luxe" alors que son embrayage est toujours facturé en supplément. Elle est aussi disponible avec un moteur à deux vitesses avec embrayage pour la coquette somme de 2185 F ce qui la rapproche des 250 cm3 et dépasse même certaines d'entre elles comme la D.F.R. ou l'Ultima, toutes deux à 1995 F. La Mascotte existera aussi en modèle "Dame" avec un moteur sans changement, simplement incliné sur l'avant dans un cadre "col de cygne". Comme durant toute l'existence de la marque et sur tous les modèles, la fourche est une A.B.L. pendulaire avec ressort horizontal. Les moteurs P.S. seuls étaient également disponibles pour toute autre marque à 800 et 900 F selon le type mono ou 2 vitesses. On les trouve ainsi chez Austral, Columbia, Prester, Sanchoc, Stella et bien d'autres sans doute. 

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nezC'est sans doute par ironie, provocation - comme nos ados actuels qui affichent une tête de mort sur leur T shirt - que Messieurs P. et S. avaient choisi un chat noir pour accompagner leur marque. Façon aussi de conjurer le mauvais sort. Lequel aura eu le dessus car La Mascotte s'estompe dans le paysage motocycliste français avant de disparaître des radars en 1925. Plus de Sivigny alors qu'on retrouvera dès la fin 1924 un Jean Poinsard qui deviendra le "P" des moteurs L.M.P. (Lalo, Mignonac & Poinsard).

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    En 250 cm3 comme en 350 - et en 500 - les vainqueurs de 1923 sont les mêmes que ceux de l'année précédente, mais à des moyennes plus élevées. Celles-ci dépassent les 50 km/h (58,500 pour la 500 Motosacoche) grâce à la nature d'un circuit plus roulant et à l'expérience acquise par les concurrents. Parmi ces performances, celle de François Clech sur sa 250 Motosolo (photo ci-dessus) est particulièrement remarquable car elle égale celle du premier des 350, Pierre (de Font-Réaulx) sur D.F.R. Les deux hommes sont crédités de 1200 km 362 chacun avec la même moyenne de 50 km/h mais, avec son manque de rigueur habituel, la presse spécialisée, de Moto Revue à Motocyclisme en passant par La Revue Motocycliste, tous annoncent 206 tours pour Pierre et 203 pour Clech...

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Une photo moins connue de Clech avec une Motosolo du G.P. de Strasbourg 1923 qui permet de voir le côté transmission. Aux garde-boue près, elle est très proche de celle avec laquelle il a fait le Bol d'or. On trouvera plus de détails sur la carrière de Clech recueillis pas Alain Daigne et publiés sur Pit Lane ou encore sur la défunte revue Moto D'hier.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Toujours bienveillante à l'égard de D.F.R., dans son numéro avec les résultats du Bol la revue rouge passe en couverture la photo de Pierre de Font-Réaulx sur sa 350. Manière de représailles et témoignage de la guéguerre entre revues spécialisées, Motocyclisme ne cite Pierre que pour mettre en valeur la performance de la Motosolo de Clech crédité du même kilométrage que lui, tandis que La Revue Motocycliste, tout en louant leur valeur, ne cite aucun des noms des deux pilotes de D.F.R. (Pierre et Stanton) qui ont fait le doublé dans la catégorie 350.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Sans doute sourd aux sollicitations des démarcheurs en publicité des revues, pas un mot sur la 250  Supplexa hormis le classement sec de Toussaint (n° 34) qui précède ici la D.F.R. de Pierre. L'occasion de voir de près la nature du sol de ce circuit jugé plus roulant que celui du Bol 1922. On voit aussi que le casque n'avait pas encore convaincu tout le monde.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Pierre n'est pas le seul constructeur a payer de sa personne au guidon d'une machine à sa marque car Rasser était là, tout comme l'année précédente. En 1923, il est troisième des 350, derrière les deux D.F.R. à seulement 8 tours de celle de Stanton.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Huit attelages avaient annoncé leur engagement en 350, 600 et 1000 cm3 mais cinq seulement figurent dans les classements. Plus question des Sigrand 1000 (en réalité une production de MM. Debladis & Sigrand, futurs D.S. Malterre, à base de Harley et Henderson) ; plus de New-Imperial et pas plus de Motosacoche qui avait pourtant fait une belle démonstration en 1922. Le champ restait libre pour Harley-Davidson.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Avec 207 tours, soit 1206,189 km abattus en 24 heures, Becker l'emporte devant Vulliamy, également monté sur un équipage mené par le twin semi-culbuté de Milwaukee (191 tours du circuit de 5,827 kms). La moyenne de Becker, ci-dessus au pesage à Neuilly, établie à 50,25 km/h ne paraît pas exceptionnelle, mais elle bat cependant celle de Gex au Bol 1922 sur une Motosacoche 1000 chouchoutée par le concessionnaire national sans doute plus intéressé par de bons résultats que celui de Harley.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    L'une des sensations d'une point de vue technique fut la première apparition dans une compétition française d'un britannique 350 Bradshaw. C'est Rovin qui avait engagé en sidecar une machine confiée à Roggero (Ci-dessus).

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Roggero encore dont le passager se livre à une gymnastique qui déplaisait fortement aux partisans d'un tourisme tranquille symbolisé part le sidecar. La photo a sans doute été prise au matin du dimanche car les militaires ont abandonné la posture autoritaire qu'ils étaient censés incarner autour du circuit. 

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Doté d'un révolutionnaire refroidissement par huile et air, jamais vu dans le domaine motocycliste, le Bradshaw ne réussit pas à convaincre et ne se trouva que chez une grosse demi-douzaine de constructeurs. En France, seuls Rovin et D.F.R. séduits par son aspect moderne le montèrent sur des machines probablement à exemplaires uniques.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Spécialiste des longues distances (en 1914, il a fait un Paris-Marseille sur René-Gillet à 46 de moyenne !), Emmanuel Dubost a pris du service chez D.F.R. au Bol en sidecar 350. Le bouquet honore la deuxième place qu'il a apportée à l'un des créateurs de la marque Pierre de Font-Réaulx, ici à sa droite guillotiné par le photographe. 

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Seul en sidecar 600 cm3, Mignot a de ce fait "établi le record de la catégorie" en menant sa Triumph à 35,900 km de moyenne.

    (Toutes les photos d'action de l'article sont © BNF - Gallica)

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    Toute l'actualité sportive, les nouveautés techniques, les Salons des années 1922, 1923 et 1924 sont à retrouver dans ce livre (190 pages - 21 x 30) abondamment illustré de documents d'époque dont une majorité d'inédits.

    Bol 1923 : le deux-temps montre le bout du nez

    Des trois autres livres consacrés à "La Motocyclette en France", le volume sur la période "1894 - 1914" est totalement épuisé ainsi que le deuxième sur "1914 - 1921". Seul celui-ci traitant les années 1922 à 1924 est encore disponible. 55 euros port compris (Plus amples informations sur janbour@free.fr)


  • Commentaires

    1
    jackymoto
    Lundi 30 Octobre à 23:29

    Le fameux moteur Bradshaw refroidi par huile est l'un des meilleurs qu'il dessina et a eu plutôt bonne réputation. Pour une fois, tout n'était pas sous dimensionné. Par contre Barry Jones remarque fort justement dans son bouquin, que quand ce moteur est arrivé sur le marché, les volant extérieurs étaient passés de mode. Ils auraient eu comme les Chaise bien de chez nous le mauvais goût  de perdre, quelques fois, le fameux volant sur la route.

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